La religion égyptienne d’Alexandre le Grand à l’édit de Thessalonique
L’union de l’autel et de la couronne
Alexandre III de Macédoine est un jeune roi grec qui a réussi l’exploit de soumettre l’ensemble du monde hellénistique sous sa seule autorité. Adversaire farouche de l’Empire perse, il envahit l’Anatolie (actuelle Turquie) puis met le cap sur les immenses richesses de Syrie, de Palestine et d’Égypte. En 331 av. EC, il entre dans la capitale égyptienne de Memphis en libérateur. Très tôt, il décide de vénérer les dieux locaux en effectuant divers rites et sacrifices afin de s’assurer la loyauté de ses nouveaux sujets.
Proclamé fils du dieu gréco-égyptien Zeus-Ammon par l’oracle de Siwa, Alexandre le Grand est fait pharaon. Toutefois, il repart vite en campagne afin de porter la guerre chez les Perses ; il ne reviendra jamais dans son nouveau royaume. À sa mort, ses généraux se partagent l’immense empire eurasiatique qu’il a fondé. Ptolémée, un de ses plus prestigieux chefs de guerre, hérite de la riche et puissante Égypte. Il y fonde une nouvelle dynastie, les Lagides en l’honneur de son père Lagos.
Dès lors, les souverains macédoniens descendants de Ptolémée vont procéder à une politique de tolérance et de mécénat religieux ; partout sur leur nouveau territoire, ils financent et aident les différents clergés, temples et sites sacrés. Centres de productions essentiels (céréales, lin, produits manufacturés), les temples retrouvent une nouvelle prospérité. En contrepartie, les prêtres doivent défendre l’autorité et la légitimité des rois grecs auprès de leurs fidèles. Cette alliance entre nouveaux rois grecs et anciens dieux égyptiens durera trois siècles.
L’effervescence religieuse
Mêlant les attributs de divinités grecques (Hadès, Zeus) comme égyptiennes (Osiris, Apis), Sérapis devient rapidement le dieu tutélaire de la monarchie ptolémaïque comme symbole d’unité entre l’élite hellénistique et la population égyptienne. Particulièrement vénéré à Canope ou Saqqarah, son sanctuaire principal est situé dans la métropole méditerranéenne d’Alexandrie avec le Sérapéon – un immense complexe dédié à son culte.
L’inexorable déclin sous l’Empire romain
Avec la défaite de la dernière reine lagide, la religion égyptienne souffre de l’administration romaine qui délaisse le mécénat cultuel et refuse de célébrer certains dieux zoomorphes car jugés inférieurs. Certains temples, comme celui de Louxor (Thèbes), sont transformés en édifices administratifs ou militaires – ici, une caserne.
L’éloignement géographique des empereurs romains ainsi que leur désintérêt pour l’Égypte, provoque un long déclin des mythes et croyances locales. Concurrencée par le christianisme, la religion polythéiste ne séduit guère plus que les ruraux – un phénomène que nous retrouvons à travers tout l’Empire romain en cours de conversion (en Gaules, la foi en Jésus ne triomphe qu’après la chute de Rome sous les rois barbares).
Finalement, l’édit de Thessalonique (380 EC) promulgué par l’empereur Théodose Ier signe l’interdiction officielle de la religion égyptienne traditionnelle. Le christianisme devient la religion officielle de l’Égypte jusqu’à sa conquête par les Arabo-Musulmans au VIIème siècle. Cependant, seules les villes et cités disposent d’une majorité de chrétiens – religion cosmopolite et élitiste qui constitue plus un lien social, commercial et intellectuel qu’une véritable adhésion populaire.







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