Les Francs, fondateur de la France
C’est le peuple qui aura donné son nom à la France ; les Francs font leur apparition en Gaules au cours du IIIème siècle chrétien dans un Empire romain déchiré par les guerres civiles. Comme les Gaulois avant eux, les Francs sont d’abord des auxiliaires barbares des légions romaines stationnées aux frontières de la Germanie, sur les bords du Rhin. Bientôt, ils vont accomplir une ascension fantastique qui leur permettra de se rendre maîtres d’un des territoires les plus riches de l’Empire : la future France.
Des
mercenaires devenus maîtres des Gaules
Les
premières apparitions des Francs dans l’histoire romaine remontent au IIIème
siècle alors que l’Empire est déchiré par les guerres civiles. Comme les
Gaulois avant la conquête de Jules César, les Francs sont un peuple limitrophe
des frontières romaines, louant leurs services aux armées impériales qui
peinent à séduire ou motiver les citoyens.
À l’instar
des Gaulois préromains, il n’existe pas un seul peuple franc mais un ensemble
de tribus et de clans. Cependant, deux peuples vont se faire connaître des
chroniqueurs latins : les Francs saliens et les Francs rhénans. Les
premiers occupent des terres dans l’actuelle Hollande tandis que les seconds
sont établis aux environs de Cologne, ville-frontière de Rome. Dans le cadre
des guerres civiles, ils sont employés par divers prétendants au poste impérial
pour occuper les armées adverses ou pour garder certaines frontières. Progressivement,
leur importance leur donne le statut de fédérés qui consacre leur rang
au sein du dispositif militaire défensif de l’Empire. Mais les ambitions
franques ne s’arrêtent pas là.
Au Vème
siècle, l’Empire romain subit de plein fouet des invasions barbares. Venus d’Europe
centrale, ces peuples fuient l’avancée inexorable des Huns. Ils profitent
également du déclin de l’autorité centrale au sein de l’Empire d’Occident pour
s’installer durablement dans certaines provinces. Ce fut le cas de Clodion le
Chevelu qui s’empare des régions d’Arras, Cambrai et surtout Tournai qu’il fait
capitale de son royaume. Ainsi, une multitude de monarchies indépendantes vont
fleurir en Gaules et à travers tout l’Empire comme le Royaume des Wisigoths, de
l’Italie du nord à l’Espagne en passant par le Midi. Au milieu du Vème
siècle, les Francs contrôlent la Belgique et le nord-est de la France actuelle.
Les troupes loyales à l’Empire ne contrôlent plus que quelques terres autour de
Paris.
Pourtant, l’ancienne
alliance qui unissait les Francs aux Romains n’est pas immédiatement caduque.
En 451, le roi des Francs Mérovée combat aux côtés du général Flavius Aetius
contre les troupes d’Attila le Hun, parvenu jusqu’en Gaules. C’est la bataille
des Champs catalauniques, dans les environs de Châlons-en-Champagne, qui voit
la victoire des troupes coalisées franque, romaine, wisigothique et même saxonne
contre l’envahisseur oriental. Par cette victoire, les Francs consacrent leur domination
sur les terres septentrionales.
Pourtant, les
divisions qui secouent les vestiges de l’Empire ne vont pas manquer de
propulser les Francs sur le devant de la scène gauloise. Alors qu’ils avaient
permis la résistance de l’État romain en Gaule contre les Wisigoths notamment,
les Francs se retrouvent isolés quand arrive au pouvoir un certain Syagrius. Favorable
à une alliance avec les Wisigoths, il déchaîne la colère du roi Childéric qui
assiège alors Paris, en 465. C’est lors de cet événement que se fît connaître
la future sainte, Geneviève de Paris. Toutefois, vers 476, alors que l’Empire
romain d’Occident s’effondre, Sainte-Geneviève et Childéric concluent une alliance
contre Syagrius. Les Francs s’engagent alors pour la domination de la Gaule
septentrionale.
La
société franque
Les Francs appartiennent
à la sphère culture germanique. Toutefois, ils ne sont pas à confondre avec les
Normands (que les Anglo-Saxons appellent Vikings). Les Francs seraient,
d’après plusieurs études archéologiques et historiques, un peuple de grande
taille – contrastant ainsi fortement avec la population gallo-romaine qu’ils
allaient visiter. Leur religion, contrairement aux autres peuples germaniques
plus méridionaux comme les Wisigoths, demeure polythéiste jusqu’à la conversion
de Clovis au catholicisme romain, à la fin du Vème siècle.
Mais les Francs
sont surtout connus pour leurs prouesses militaires et leur grande valeur au
combat. Contrairement aux Romains, ce sont des cavaliers, spécialistes de la
lance ou de la francisque. Dépourvus de cuirasses ainsi que de casques, ils
constitueraient vraisemblablement une cavalerie légère, mobile et destinée au
harcèlement ainsi qu’aux escarmouches. À partir de Childéric et Clovis, les
Francs intègrent des contingents de soldats à pied tout en renouvelant les conceptions
stratégiques de Rome – ce qui fit leur grand succès au cours du VIème siècle.
Enfin, même si
leur société, us et coutumes ne nous sont que peu accessibles, il semblerait
que les Francs fussent un peuple nomade, extrêmement mobile et bien moins
inégalitaires que l’étaient les Romains. Le mérite guerrier constituait alors
la seule légitimité politique. Attention toutefois à l’anachronisme : s’il
est plus tard question de loi salique en référence aux Francs saliens,
une telle loi n’existait pas du temps de Mérovée, Childéric ou Clovis ;
elle constitue une invention destinée à légitimer la couronne de France au XVème
siècle, pas d’exclusion des femmes de la succession donc. La succession
justement se fait de manière égale entre tous les fils puis entre toutes les
filles, y compris les titres et terres par ordre d’importance, ce qui
expliquera en grande partie les difficultés qu’auront les Mérovingiens à
conserver l’unité politique de la future France.
Des Gallo-Romains
aux Francs ?
Malgré le terme d’invasions
barbares, les Francs n’ont nullement remplacé la population gallo-romaine
préexistante. Au Vème siècle, la Gaule comptait 12 millions d’habitants
tandis que la population franque n’excédait pas 10 000 hommes et femmes.
En réalité, les
invasions barbares sont moins le fait d’un remplacement de population que celui
d’un remplacement des élites politiques et militaires. En devenant des peuples
fédérés, essentiels à la bonne marche des légions impériales, les Francs ont su
pénétrer les états-majors et provinces pour y remplacer les magistrats romains.






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