Gorgô, reine et femme de Sparte

La reine Gorgô de Sparte fut une des rares femmes grecques à connaître la postérité dans le monde antique. Épouse de Léonidas Ier, héroïque martyr des Thermopyles, elle joua un rôle important quant à la préparation des Grecs dans leur guerre contre les Perses au début du Vème siècle avant l’ère chrétienne. Femme de Sparte, elle illustre le particularisme de la cité guerrière où les femmes jouèrent un rôle prédominent – un contraste d’autant plus saisissant que le monde grec d’alors était remarquablement misogyne. Au-delà de Gorgô pour laquelle nous disposons de peu de sources, nous brosserons un rapide portrait de la condition féminine en Laconie à l’époque classique.

Un rôle célèbre dans les guerres médiques

Gorgô est la fille du roi Cléomène Ier de Sparte. Épouse du roi spartiate Léonidas qui succéda à son père, elle permit le déchiffrement d’un message codé en provenance de l’Empire perse prévenant les Grecs d’une guerre imminente contre Xerxès Ier. Les informations, inscrites sur une tablette recouverte de cire, furent découvertes grâce à l’idée de la reine grecque. Cet avantage sur l’ennemi fut décisif pour préparer la résistance hellénistique contre l’envahisseur perse.

Connue par l’intermédiaire de l’historien Hérodote ou du philosophe romain Plutarque, Gorgô aurait eût cette remarque restée célèbre :

« Quand une femme de l’Attique l’interrogea : « Pourquoi êtes-vous les seules, Lacédémoniennes, qui commandiez aux hommes ? », « C’est parce que, répondit-elle, nous sommes les seules qui mettions au monde des hommes. »

- Lycurgue (Plutarque, 100-120 EC)

La condition des femmes dans la Sparte classique

Gorgô est présentée par les auteurs anciens comme une femme intelligente et rusée. Capable de lire ou de s’exprimer devant les institutions publiques de sa cité, elle tranche avec ses homologues de l’époque classique où le « beau sexe » est relégué à un rôle subalterne aux hommes.

Sparte fait figure d’exception dans le monde grec ; les femmes y sont instruites et pratiquent toutes sortes d’activités sportives. Le but affiché par le gouvernement de la Cité était d’obtenir des génitrices robustes, également capables de gérer les domaines de leurs époux lors de campagnes militaires. Profitant des masses de travailleurs asservis à l’État appelés hilotes, les Spartiates jouissaient d’un statut unique dans le monde grec ; véritables matriarches à la tête de grands domaines fonciers.

Témoignage de l’importance des femmes dans le bon fonctionnement de la cité, nous retrouvons certains cultes spécifiques à Sparte comme celui d’Athéna (déesse tutélaire de la cité) ou même d’Hélène, épouse légendaire du roi homérique Ménélas et qui fut la cause, en raison de sa beauté quasi-divine, de la guerre de Troie. Cynisca, princesse spartiate à avoir remporté les jeux olympiques, fut également l’objet d’un culte majeur dans la cité guerrière.



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