Les Bourbons et le Grand Siècle français
En pleine guerre de Religions, la France change de branche dynastique. Après un règne tumultueux et agité, les Capétiens-Valois laissent le trône aux Capétiens-Bourbons alors à la tête du Royaume de Navarre. Commence alors un règne combiné de deux siècles au cours duquel la France moderne va émerger et dominer durablement l’Europe. Certains des plus grands monarques nationaux, comme Henri IV et Louis XIV, vont profondément marquer le pays, sa culture et ses habitants. Né d’une guerre civile, ce rameau fertile n’en sera pas moins emporté par un conflit interne majeur : la Révolution…
L’affirmation
de l’État
Sous le règne
combiné des Bourbons (1589-1789), la France entre pleinement dans la modernité.
Déchiré par les guerres de Religions, le pays affiche pourtant un pouvoir
étatique et central faible malgré tous les efforts déployés par Catherine de
Médicis sous les règnes de ses trois fils ; François II, Charles IX et
Henri III. L’accession au trône de Henri IV ne règle pas immédiatement les
problèmes de la France en cela qu’il demeure initialement un roi protestant. Il
faudra ainsi attendre ses victoires militaires et sa conversion au catholicisme
pour voir la fin des conflits sur le territoire national. Ce n’est que le pays
pacifié que commence l’œuvre étatique des Bourbons.
Henri IV fut un
roi pacificateur mais sa mort laisse la France encore divisée entre catholiques
et protestants qui tiennent des places fortes partout à travers le pays,
conséquence de l’édit de Nantes promulgué en 1598. C’est à son fils qu’il
reviendra de mettre fin à cette situation de quasi-sécession. Aidé par le
cardinal de Richelieu, devenu son ministre principal, Louis XIII met fin au
statut politique des protestants ; il en est fini de l’État dans l’État.
Ainsi, en 1627-1628, Richelieu et son armée entreprennent le siège de La
Rochelle qui venait de faire sécession. La répression associée permit de
rétablir l’autorité centrale d’une manière certaine. Il ne peut y avoir qu’une
seule foi, celle du monarque. Cette logique est cohérente avec le monde géopolitique
en devenir que sera celle des traités de Westphalie datant de 1648. Les
protestants ne sont toutefois pas persécutés ni forcés à la conversion – seules
leurs places fortes créées par Henri IV sont désarmées et démantelées.
Le cardinal de Richelieu joue un rôle majeur dans l’affirmation du
pouvoir royal. Contrairement à sa représentation littéraire la plus célèbre, à
savoir Les Trois Mousquetaires d’Alexandre Dumas (1844), le chef du
gouvernement soutient totalement son souverain tout en combattant les velléités
provinciales. Toutefois, il ne pourra prévenir efficacement la Fronde qui
secouera la France durant la minorité de Louis XIV (1648-1653). Roi à cinq ans
seulement, le jeune Louis va subir les foudres d’une noblesse insurgée contre
la régence d’Anne d’Autriche et du cardinal de Mazarin, héritier politique de
Richelieu. Matée, cette rébellion va toutefois profondément marquer un jeune
monarque dès lors désireux de faire taire l’aristocratie et les vestiges de la
féodalité médiévale.
Nous pensons souvent que le règne de Louis XIV (1643-1715)
fut l’apogée de l’absolutisme royal, c’est-à-dire la toute-puissance du
pouvoir étatique sur le royaume, la noblesse et la population. Rien n’est plus
faux. Sous le règne du Roi-Soleil, l’État se dote d’une bureaucratie et
d’un outil administratif modernes. Des intendants s’ajoutent à
l’ancienne institution des baillis médiévaux. Dotés d’une autorité
régionale, ils contrôlent les agents de l’État tout en se faisant les relais
des décisions royales. La noblesse, quant à elle, est rapidement fixée à
Versailles au cours des années 1680 de telle sorte qu’elle ne puisse plus
disposer de ses traditionnels appuis relationnels en provinces. Cependant,
Louis XIV fait des concessions en respectant privilèges et droits locaux.
À
la mort de Louis le Grand, en 1715, la France est devenue un modèle
d’État-nation moderne. Son administration, pyramidale, est efficace et
puissante. La noblesse a été domptée et l’autorité royale est désormais connue
et respectée de tous. Toutefois, les règnes de ses successeurs vont
profondément abîmer l’autorité royale. Sous Louis XV, le développement des Lumières
ainsi que les défaites extérieures portent atteinte au respect de la fonction
monarchique tandis que Louis XVI est confronté à une « monarchie des
juges » qu’il contribue maladroitement à entretenir. Incapables
d’égaler l’œuvre de Louis XIV, ces monarques vont progressivement alimenter la
Révolution à venir. Toutefois, leurs réalisations administratives leur
survivront largement en cela que les futurs régimes républicains et impériaux les
reprendront pour réaliser les rêves inachevés de la royauté.
La France
des Bourbons, première puissance mondiale
Nous l’avons
affirmé au chapitre précédent, la France du XVème siècle était la
première puissance européenne voire mondiale alors même qu’elle sortait de la
guerre de Cent-Ans. Cependant, après d’innombrables guerres italiennes et une
guerre civile, la puissance française sur le continent est largement discutable ;
la maison autrichienne des Habsbourg lui dispute la suprématie terrestre tandis
que les ambitions américaines lui sont contestées par l’Espagne, la Hollande et
l’Angleterre. En un siècle, la France va redevenir la première puissance
européenne et même mondiale.
Quelles sont les
clefs de ce succès fulgurant ? D’abord, les Bourbons vont s’attacher à
appliquer les dernières innovations technologiques à leurs armées. Ainsi, la baïonnette,
le mousquet à silex ou encore le canon d’artillerie vont devenir le fer de
lance d’une nouvelle force militaire française. Ainsi, en 1643 à la bataille de
Rocroi, la meilleure armée du monde – celle de l’Espagne – est vaincue grâce à
la démocratisation des régiments de mousquetaires. Ensuite, les réformes
militaires se concentrent sur les doctrines en application dont principalement
le régiment et la poliorcétique – l’art du siège. Sous le règne de Louis XIV,
ces deux révolutions stratégiques vont bouleverser l’Europe pendant un
demi-siècle. Les campagnes militaires sont désormais rapides et, après quelques
batailles stratégiques, se résument à des sièges successifs. De plus, la France
profite de son énorme réservoir démographique, étant alors la première
population européenne ce qui lui permet de répondre aux coalitions
continentales qui se multiplient à son égard comme lors de la guerre de la
Ligue d’Augsbourg (1688-1697) ou la Succession d’Espagne (1701-1714). Enfin et grâce
à l’impulsion du cardinal de Richelieu, la France se dote finalement d’une
marine de guerre moderne et puissante qui fera la fierté du royaume pendant
deux siècles – disputant l’hégémonie navale aux Britanniques, Hollandais et
Espagnols. En 1789, Paris dispose de la deuxième flotte de guerre mondiale derrière
la Royal Navy avec 160 vaisseaux et frégates, 120 bâtiments légers et 80 000
marins – seule marine de guerre capable de s’opposer à Londres.
Sous le règne
cumulé des Bourbons, la France affiche de grandes victoires comme à Rocroi
(1643), où les Espagnols se voient détrônés de leur statut de « meilleure
armée du monde », Denain (1712) où la France démontre à l’Europe quelle
est, seule, capable de lui résister, Fontenoy (1745), qui voit la victoire décisive
des troupes françaises pour la domination des Pays-Bas autrichiens, ou encore
Yorktown (1781) qui consacre la défaite des Britanniques dans les jeunes
États-Unis. Toutefois, ces victoires ne doivent pas faire oublier certains
échecs problématiques pour la dynastie royale. Ainsi, la guerre de Succession d’Espagne
(1701-1714) s’achève sur une issue indécise, ne contentant aucun des deux camps,
et la guerre de Sept-Ans (1756-1763) est un désastre colonial et continental qui
prive la France du Canada et permet l’émergence de la Prusse en Europe.
Malgré ces revers,
le Royaume de France dispose d’armes capitales pour l’hégémonie européenne, à
commencer par sa richesse agricole ; c’est un constat vieux d’un
millénaire, la France dispose de terres extrêmement fertiles qui lui offrent
une démographie dynamique. Avec le renforcement de l’autorité royale et la
confiscation de biens nobiliaires, la monarchie française rayonne tant par son
mécénat que par son apparat ; Versailles inspirera nombre de monarchies
européennes comme la Russie qui fondera la ville-nouvelle de Saint-Pétersbourg
en 1703, et les prémices d’une propagande littéraire voient le jour, en
témoigneront la proximité entre souverains européens et auteurs français tout
au long du XVIIIème siècle. Racine, Molière, Voltaire, Rousseau,
Montesquieu, Diderot, D’Alembert, Descartes, Pascal ; autant de noms
littéraires demeurés célèbres à travers l’Europe. Ainsi, la France devient le
centre culturel des arts, des lettres, de l’architecture et de la musique. Toutes
les cours européennes parlent français, première langue à remplacer le latin
comme parler universel. Le pays rayonne.
La chute
des Bourbons
Pourtant, comme
tout projectile suivant une trajectoire balistique dans les airs, la France des
Bourbons connut un apogée mais aussi une chute que d’aucun qualifierait de « brutale ».
Alors que toute l’Europe vit à l’heure française, Paris est secoué par une
série d’événements qui aboutira à la destitution, non pas des seuls Bourbons,
mais aussi de toute la monarchie. Bien sûr, il est toujours difficile d’estimer
un déclencheur temporel, aussi nous vous proposons le nôtre : la guerre de
Succession d’Espagne qui commençât en 1701. Après la mort du roi Charles II de
Habsbourg, le petit-fils de Louis XIV, Philippe d’Anjou, accède au trône hispanique.
La France fait main basse sur les Pays-Bas espagnols, équivalent de la Belgique
actuelle de telle sorte que le Rhin devienne la dernière frontière naturelle. L’Europe
entière s’oppose à cette violation des traités de Westphalie qui prévoit un équilibre
des puissances comme garantie de paix sur le continent. In extremis,
les Européens parviennent à contrer les ambitions françaises et les rois Bourbons
en tirent une leçon précieuse : les monarchies voisines ne permettront
jamais à la France de se rendre maître des Pays-Bas ; c’est ainsi que
Louis XV refusera de les annexer au lendemain de Fontenoy. Mais ce réalisme
politique favorisa l’émergence de la Prusse en Europe orientale ainsi que la
Révolution diplomatique de 1756 à savoir l’alliance entre Berlin et Londres
contre Paris et Vienne. S’ensuivit la guerre de Sept-Ans, véritable humiliation
pour la France qui tentera de redorer son blason, profitant de l’insurrection
américaine pour vaincre l’Angleterre, vingt ans plus tard.
Toutefois, l’expédition
américaine eut un coût élevé. Les mauvaises récoltes dues à des hivers rigoureux
ainsi que les revendications politiques d’une nouvelle classe sociale – la bourgeoisie
– vont achever de menacer le règne des Bourbons. Les maladresses de Louis XVI à
partir du printemps 1789 seront alors l’ultime goutte qui fit déborder le vase
national. En quelques années seulement, les Bourbons sont délégitimés,
renversés et, avec eux, une monarchie vieille de mille ans.






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