Pendant plus de trois millénaires, l’Égypte pharaonique
était une puissante théocratie dont les habitants vouaient un ensemble de cultes
polythéistes. Indissociable de la politique ou de l’économie, la religion
ancienne des Égyptiens façonna cette jeune civilisation dont l’héritage le plus
vibrant demeure les grandes pyramides de Gizeh – monuments funéraires à la
gloire des dieux. Véritables outils de légitimation et d’autorité, les
différents clergés qui animèrent et organisèrent la vie spirituelle de l’Égypte
tinrent une place prépondérante allant jusqu’à concurrencer les rois.
L’Ancien
Empire et le triomphe du culte solaire
Au début du troisième millénaire avant l’ère chrétienne, l’Égypte
est un royaume unifié sous l’autorité de Pharaon. Malgré les tentations
sécessionnistes d’un nord riche et fertile, le pays demeure uni lors de la période
de
l’Ancien Empire (env. 2700 à 2200 av. EC). C’est alors que
seront bâties
les grandes pyramides de la quatrième dynastie dont
celles de
Khéops,
Khephren et
Mykérinos.
Depuis leur capitale de
Memphis, à la jonction entre Haute et
Basse-Égypte, les dieux-rois administrent l’ensemble des cités qui jalonnent le
cours du Nil des déserts arides de Nubie au vert et fertile delta méditerranéen.
Outre le fleuve limoneux, les Égyptiens partagent une
culture commune née d’échanges et d’intégrations antérieures. Des
centaines voire des milliers de dieux sont vénérés en public comme en
privé ; certains sont bientôt choisis par le pouvoir royal pour rayonner
en tant que divinités tutélaires de la monarchie. C’est le cas du dieu des artisans
et protecteur de la cité royale de Memphis, Ptah. Vénéré au début
de l’Ancien Empire comme divinité tutélaire de la monarchie égyptienne, son
culte entre rapidement en concurrence avec le puissant « clergé »
d’Héliopolis, la ville du dieu-soleil Râ à partir du règne des rois-bâtisseurs
de pyramides.
La quatrième dynastie royale qui s’ouvre avec le pharaon
Snéfrou
marque un tournant décisif dans l’hégémonie culturelle d’Iounou (nom natif d’Héliopolis) ;
en choisissant le site de Gizeh comme nécropole, les rois égyptiens vont consacrer
le culte de l’ennéade – neuf dieux primordiaux et majeurs issus
de la ville solaire (Râ, Shou, Tefnout, Geb, Nout, Osiris, Isis, Seth et Nephtys).
Les dynasties suivantes vont consolider cette hégémonie culturelle en introduisant
des constructions architecturales désormais connues de tous comme
l’obélisque
ou le sphinx. Enfin, de cette période nous est héritée les plus anciens
écrits théologiques de l’humanité :
les textes des pyramides
datant du XXIV
ème siècle avant l’ère chrétienne.
L’ascension
du clergé d’Amon
L’Ancien Empire s’effondre au XXIII
ème siècle ;
face à l’autorité et l’autonomie grandissante des gouverneurs provinciaux
appelés
nomarques, l’Égypte sombre dans une période de troubles
et d’anarchie qui durera plusieurs siècles avant que ne renaissent l’ordre et
la stabilité. Ce nouvel âge d’or sera qualifié de
Moyen Empire (v. 2050 à
1750 av. EC). Réunifié et pacifié par des rois venant de Thèbes, en
Haute-Égypte à 500 km au sud de Memphis, le pays connaît l’influence d’un
nouveau dieu :
Amon. Protecteur de Thèbes, cette divinité
royale va rapidement s’associer à son équivalent septentrional Râ pour former
un dieu « national » par excellence :
Amon-Râ.
Loin d’être une simple association comme l’Égypte en
connaîtra sous l’hégémonie grecque des millénaires plus tard, Amon-Râ est
une première expérience de monothéisme limité car toutes les autres
divinités doivent obéissance et respect à leur nouveau maître qui cumule tous
les superlatifs – démiurge, éternel, maître de l’univers...
Après de nouveaux troubles dus à l’invasion du peuple
Hyksos, l’Égypte se réunifie à partir du XVI
ème siècle.
Le clergé
d’Amon tient une place prépondérante dans ce nouvel État royal ;
fort de son association avec le dieu-solaire Râ sous le Moyen-Empire, il
bénéficie aussi de l’aura victorieuse des pharaons ayant repoussé l’occupant
étranger hors de Basse-Égypte. Si son culte était limité aux premières
cataractes du Nil par le passé, il s’impose à travers tout le royaume en
achevant sa fusion avec le protecteur d’Héliopolis.
Cependant, la puissance grandissante du clergé d’Amon
inquiète le pouvoir central qui craint pour son autorité. Au XIVème
siècle, Akhénaton impose le premier monothéisme d’Égypte en
interdisant tous les cultes précédents à l’exception de son dieu-tutélaire Aton
– disque solaire aux multiples rayons. Sa mort conduira à un retour au
polythéisme et à la puissance politique comme économique du clergé d’Amon.
Du Nouvel
Empire au christianisme, entre renaissances et déclins
Le Nouvel Empire (v. 1600 à 1100 av. EC) est
une véritable période de prospérité et de grandeur. Malgré l’hérésie d’Akhénaton,
les rois ornent le cours du Nil de palais et sanctuaires majestueux à l’image du
temple d’Abou Simbel dédié à Râ par Ramsès II.
Finalement, le clergé d’Amon aura raison du pouvoir royal
qui cède à l’aube du dernier millénaire avant l’ère chrétienne. Les
rois-prêtres ne gouverneront pas sur toute l’Égypte qui demeure morcelée et affaiblie.
Diverses cultures et civilisations vont alors gouverner le pays jusqu’à l’invasion
perse au VIème siècle. Malgré ces occupations répétées, la
religion égyptienne est respectée voire utilisée par l’occupant pour
faire accepter son autorité.
Le même procédé est à l’œuvre à partir de
l’époque
ptolémaïque quand les Grecs d’Alexandre le Grand puis son général
Ptolémée règneront sur l’Égypte. Durant trois siècles, la religion égyptienne
va bénéficier d’apports culturels grecs qui amèneront à l’apparition d’une
nouvelle divinité « nationale » :
Sérapis,
syncrétisme entre les dieux agricoles et infernaux Hadès, Osiris et Apis. Toutefois,
l’occupation romaine mettra un coup d’arrêt à la religion ancienne ; malgré
une popularité forte dans les campagnes, le polythéisme recule au profit du
christianisme naissant puis de l’islam qui finira d’achever la transition
monothéiste du pays – mettant fin à plus de quatre millénaires de croyances et
cultes.
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