Après trois conflits meurtriers contre l’Allemagne
impérialiste entre 1870 et 1945, la France est victorieuse mais exsangue.
Sous domination économique, culturelle et politique des États-Unis d’Amérique,
le pays entame sa reconstruction tandis que de nécessaires réformes s’imposent
à lui. Bien que faisant partie du bloc occidental capitaliste, la France
affiche une relative neutralité vis-à-vis des géants américain et soviétique –
notamment visible sous la présidence de Charles de Gaulle. Sous
l’impulsion du héros de la Résistance, le pays se dote de nouvelles
institutions et d’une nouvelle orientation stratégique qui réhabiliteront
la France comme grande puissance mondiale. Toutefois, la lente
vassalisation des élites politiques, économiques et médiatiques envers
Washington tend à faire de Paris une puissance sur le déclin.
Un pays à
reconstruire
De 1870 à 1945,
la France a perdu deux millions
d’hommes face aux ambitions impérialistes de l’Allemagne unifiée.
Occupé, pillé et transformé en théâtre d’opérations à trois reprises, le pays
est dévasté au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Toutefois,
la
France est victorieuse et conserve un rang international significatif
aux côtés des grands vainqueurs du nazisme – notamment au sein de la nouvelle
Organisation des Nations-Unies (ONU).
Pendant trois décennies, les Français rebâtissent leur
pays, parfois par villes entières victimes de bombardements comme Caen,
Cherbourg ou Rouen (bataille de Normandie). Appliquant la planification
économique d’inspiration socialo-communiste, le nouveau régime
républicain modernise et transforme les cités et centres productifs.
Toutefois, la France souffre de multiples maux hérités du dernier
conflit mondial qui freinent sa renaissance. De l’Indochine à l’Afrique, les
colonies aspirent à l’indépendance ce qui plonge de nouveau le pays dans les
affres de la guerre. Si les victoires sont militaires, les défaites sont
politiques ; la France accuse le poids
d’un parlementarisme défendu
par les partis politiques d’après-guerre. La Quatrième République est
incapable de résoudre
les défis de la décolonisation car attachée
à un empire que le pays a longtemps tenu pour synonyme de puissance
internationale. Rapidement, des troubles sociaux et militaires apparaissent
avec
des menaces récurrentes de putschs notamment sur la question algérienne.
Les
grandes visions stratégiques de la présidence gaullienne
Alors que
la France est au bord de la sécession
entre partisans de l’Algérie française et Français d’Europe, le pouvoir se
résigne à rappeler
Charles de Gaulle comme chef du gouvernement.
Évincé de cette fonction au lendemain de la Seconde Guerre mondiale en raison d’affrontements
récurrents avec les partis politiques, le héros de la France libre est d’abord
vu comme
un fusible destiné à encaisser et assumer le coût politique de
la guerre d’Algérie. Mais pour le général républicain, il ne saurait y avoir
de tels jeux politiciens ; résolu à doter la France d’institutions solides
et stables, il obtient du parlement
les pleins pouvoirs constitutionnels.
Ainsi naît
la Cinquième République d’inspirations bonapartistes
et démocrate-chrétiennes.
De Gaulle, s’il voulait initialement conserver l’Algérie
française, se résout à l’abandonner ainsi que l’ensemble de l’empire colonial
pour se concentrer sur
la France historique et européenne. Sous
sa présidence, il jette les bases de la nouvelle stratégie géopolitique
française ;
l’indépendance nationale et la grandeur de la France.
Pour cela, il dote le pays de l’arme atomique, d’une agence spatiale et d’un
complexe militaro-industriel fondé sur la coopération entre l’État et les grands
manufacturiers dont le plus connu sera Dassault Aviation. Des constructions d’ampleur
sont lancées dans le domaine du nucléaire civil, de l’aéronautique, de l’aérospatiale,
du ferroviaire ou encore de la construction navale. Lorsqu’il quitte son poste,
le pays dispose d’un avion de ligne supersonique (
Concorde), d’un
paquebot transatlantique de luxe (
France), de porte-avions (
Foch,
Clemenceau), d’un ensemble de lanceurs spatiaux (
Diamant)
et d’un projet de train à grande vitesse (
TGV). La société se
transforme ; la modernité d’inspiration américaine fait son apparition
dans les foyers tandis que le monde paysan laisse la place à une France industrielle
et mondiale. Si De Gaulle accepte les changements sociétaux, il inscrit sa
politique intérieure dans
une logique démocrate-chrétienne de troisième
voie entre communisme et capitalisme.
Sur le plan extérieur, Charles de Gaulle capitalise les
premiers pas de la construction européenne en y mettant la France au cœur de celle-ci.
Toujours suivant sa volonté d’indépendance nationale, il entend
faire de
l’Europe des Six une ligue au service de Paris pour s’imposer contre Moscou et
Washington. Ouvrant la voie à un rapprochement franco-allemand, il en
vient rapidement à se heurter à
la traditionnelle américanophilie allemande
qui caractérisa le XXème siècle. Pris à revers par le refus
allemand de s’associer à la France, De Gaulle décide d’adopter
une
politique de blocage vis-à-vis du projet européen – empêchant par exemple
l’adhésion du Royaume-Uni souhaitée par l’Allemagne et les États-Unis. Dès lors,
il modifie sa vision pour une diplomatie mondiale tous azimuts orientée sur
la
critique de l’impérialisme américain notamment au Vietnam.
La
question du déclin français
En mai 1968, la France est frappée par un
mouvement d’une ampleur inédite depuis le Front Populaire. D’abord initiée par les
étudiants bourgeois, la contestation du pouvoir gaullien frappe les syndicats
ouvriers. Face aux changements majeurs que la France a connu depuis dix ans,
une
redistribution des richesses apparaît nécessaire dans ce vieux pays attaché à l’égalité.
Les accords de Grenelle règlent les questions économiques et
sociales sans toutefois calmer les ardeurs d’une jeunesse américanisée qui voient
en De Gaulle une « figure de l’ancien monde ». Fait paradoxal,
les
mouvements d’extrême-gauche à l’origine de Mai-68 ne seront jamais soutenus par
le pouvoir soviétique qui a toujours affirmé son soutien à la France gaullienne
– contrairement à l’Amérique de Johnson qui avait connu de nombreuses
oppositions avec Paris.
Même si De Gaulle remporte l’adhésion massive du peuple aux
élections législatives de 1968,
il est rapidement mis en minorité par ses
propres lieutenants à commencer par Georges Pompidou, Jacques Chirac ou Valéry
Giscard d’Estaing. Le divorce est consommé lors du référendum de 1969
sur la réforme des régions et du Sénat. Désireux de donner à chaque travailleur
français une participation au capital des entreprises,
le Général est
combattu par toute une Droite libérale, capitaliste et américanisée qui bénéficiait
auparavant de son image.
Après De Gaulle, la France est dirigée par des élites libérales,
atlantistes et européistes. Étape par étape, l’héritage gaullien
est démantelé ; adhésion du Royaume-Uni à la Communauté européenne
sous Pompidou, renoncements de la France face à l’Allemagne sous Giscard d’Estaing
et Mitterrand, abandon de la démocratie chrétienne au profit du capitalisme
américain. Petit à petit, le pays s’efface au profit d’une « Europe
puissance » qui n’est en réalité qu’une vassalisation des nations
européennes envers l’hégémonique géant américain. La France conserve un
certain prestige culturel, intellectuel et économique mais commence à souffrir des
premières privatisations de ses services – élément pourtant capital de
la stratégie gaullienne d’indépendance nationale.
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