La France au temps des guerres mondiales

De 1914 à 1945, la France va connaître deux conflits ravageurs contre l’Allemagne unifiée. Pourtant victorieux, le pays perd son rang longtemps inégalé de grande puissance mondiale et entre dans une crise identitaire comme sociale dont les conséquences sont encore visibles aujourd’hui.

La Grande Guerre et ses conséquences

Le 3 août 1914, l’Allemagne déclare la guerre à la France. La mobilisation générale transforme des millions de citoyens français en soldats. Résolue à venger l’humiliation de 1870, la République française adopte une stratégie offensive destinée à reconquérir l’Alsace-Moselle. Les premiers affrontements sont un échec ; les armées françaises sont confrontées à la réalité d’un conflit d’une ampleur inédite.

Début septembre, les armées allemandes sont miraculeusement repoussées lors de la bataille de la Marne ; le front se fixe au nord-est, du Pas-de-Calais aux Vosges en passant par la Picardie et la Champagne. Retranchées, les forces belligérantes s’entêtent dans des assauts répétés qui n’aboutissent qu’à des victoires ou défaites stratégiquement limitées.

La France tient le choc et organise bientôt une puissante industrie tournée vers la production militaire. Dès 1916, les erreurs initiales sont corrigées et le pays dispose de la première armée du monde. Lors de la bataille de Verdun, ses soldats affichent une résistance désespérée malgré les bombardements massifs et les assauts allemands répétés. D’un point de vue politique, l’arrivée au pouvoir du radical Georges Clemenceau renforce l’unité nationale malgré quelques scandales militaires comme les mutineries de 1917 ou la meurtrière bataille du Chemin des Dames.

Le 11 novembre 1918, la France obtient de l’Allemagne un armistice salvateur alors que Berlin connaît des troubles sociaux et politiques majeurs. A l’issue du conflit le plus meurtrier de l’histoire nationale, le pays aura perdu 6 millions d’hommes dont 1,4 millions de morts.

Une victoire demeurée inexploitée

Au lendemain de la Grande Guerre, la France est dans une situation paradoxale ; première armée du monde sur tous les plans, elle accuse une saignée démographique majeure qui laisse à craindre des difficultés en cas de conflit futur. Bien déterminés à briser l’Allemagne malgré le traité de Versailles, la France multiplie les actions sévères à l’encontre de son voisin. Ainsi, de 1918 à 1923, la Rhénanie, riche région industrielle allemande, est envahie et occupée par les armées françaises qui exigent de la rigueur dans le paiement des réparations de guerre.

Toutefois, Paris souffre d’un isolement diplomatique qui l’oblige à reculer et se satisfaire de concessions ; en effet, ses alliés anglo-américains redoutent une hégémonie française sur l’Europe, renouant avec leurs politiques traditionnelles. Sous l’impulsion de la Gauche, la France commence une politique d’apaisement vis-à-vis de l’Allemagne – incarnée par le radical Aristide Briand. Cette nouvelle relation, à sens unique aux vues de l’attitude revancharde de Weimar, conduit à de nombreuses tentatives de maintenir la paix en Europe par le dialogue – sans succès.

À partir des années 1930, la France est frappée par la crise financière, économique et sociale importée des États-Unis. Dernier pays majeur d’Europe victime de cette récession en raison de la vétusté de son tissu économique, son fonctionnement politique instable (parlementarisme) achève de la paralyser.

D’un point de vue militaire, la France souffre d’errements doctrinaux en raison de son statut de vainqueur. Sûrs de leurs forces, les officiers généraux adoptent majoritairement une doctrine défensive incarnée par la célèbre Ligne Maginot. Incapable d’acter une ligne directrice, la France affiche des errements décisifs quant à ses blindés, avions ou fusils…

La Seconde Guerre mondiale, tombeau des puissances européennes

Convaincu que la paix signée à Versailles n’était qu’une trêve, le maréchal Foch estimait à vingt ans le temps nécessaire pour qu’une nouvelle guerre éclate en Europe. En 1939, le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale lui donne raison. Si la France affiche une meilleure préparation logistique et matérielle qu’au début du conflit précédent, sa stratégie défensive conduit à la terrible débâcle du printemps 1940.

Incapable de s’adapter face la percée cruciale des Allemands à travers les Ardennes et complètement démoralisé, le nouveau gouvernement français dirigé par le héros de guerre Philippe Pétain signe un armistice. Depuis Londres, le général et ministre-adjoint Charles de Gaulle appelle à la désobéissance et à la résistance via la poursuite de la guerre.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, deux France coexistent ; la première dirigée depuis Vichy organise la collaboration avec l’occupant allemand – espérant soit gagner du temps soit une place de choix dans l’Europe nouvelle – tandis que la seconde combat aux côtés des alliés britanniques puis soviétiques comme américains. Réhabilitée par d’étonnants succès (Bir Hakeim, Mont Cassin, Rome), l’Armée française participe à la libération du territoire national à l’été 1944. L’année suivante, les troupes françaises réalisent une campagne exceptionnelle à travers la Bavière et l’Autriche jusqu’à la demeure personnelle d’Adolf Hitler dans les Alpes autrichiennes.

Si la France sort à nouveau vainqueur du conflit mondial, elle est exsangue et épuisée à l’instar de l’Allemagne ou du Royaume-Uni qui laissent leurs places de grandes puissances mondiales aux États-Unis et à l’Union soviétique.

 

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