La Révolution française de 1789
C’est un événement décisif de l’histoire de France semblable au sacre de Clovis, le couronnement de Charlemagne ou l’élection de Hugues Capet ; la Révolution de 1789 marque l’avènement de la Nation française tout en propulsant l’Europe dans la modernité politique. Pendant une décennie, la France révolutionnaire va bouleverser les équilibres économiques, sociaux et culturels du monde entier. Toutefois, cette immense influence se paie au prix d’une guerre civile, d’une terreur politique et d’une anarchie sociale. Pourtant initialement plébiscitée, la Révolution va progressivement connaître le désaveu d’un peuple affamé et désabusé qui préfèrera l’ordre d’un dictateur militaire aux souffrances de la liberté. Revivons la décennie révolutionnaire qui fît la France moderne…
Une
volonté de réforme devenue révolution
La Révolution
française de 1789 trouve ses origines dans une succession d’événements qui ont
pour berceau la Grande Fronde de 1648. Depuis sa fondation au Vème
siècle, le Royaume de France a toujours été agité par de nombreuses insurrections,
jacqueries paysannes et révoltes nobiliaires ; or la Grande Fronde qui
secoua le début de règne de Louis XIV va profondément changer la nature du
régime monarchique et central. Personnellement choqué et traumatisé par cette expérience,
le jeune roi capétien va s’efforcer de construire un État puissant, incontesté
et bien organisé : c’est l’avènement de l’absolutisme en France. Contrairement
aux idées reçues héritées de la tradition parlementaire et républicaine, l’absolutisme
français ne doit pas être confondu avec les institutions totalitaires de l’époque
contemporaine ; c’est une centralisation du pouvoir face à la noblesse de
provinces couplée à un règne personnel du roi allié à une structure étatique fortement
bureaucratique – ce sera l’organisation du pays pendant cent cinquante ans.
Si l’absolutisme
royal permît de « domestiquer » la noblesse querelleuse en la
transformant en une assemblée de courtisans circonscrits à Versailles, il fut
inefficace à répondre aux aspirations croissantes d’une classe sociale
ascendante : la bourgeoisie. En France comme en Europe, les
bourgeois sont le fruit d’un concours de circonstances ; en effet, les
ravages de la Peste noire ont d’une part permis la concentration de richesses
dans les mains de quelques-uns, tandis que la constitution d’États modernes aux
administrations développées a d’autre part permis d’accroître leur influence
économique comme politique sur les sociétés. Après les révolutions britanniques
et surtout américaines, cette bourgeoisie aspire à jouer un rôle politique plus
grand voire décisif.
Cette volonté de réforme des institutions françaises est accentuée par les Lumières qui se développent à partir du règne de Louis XV sur fond de relâchement de l’autorité centrale ; Rousseau, Voltaire, Diderot, D’Alembert, Condorcet et consorts vont ainsi offrir les armes intellectuelles à une bourgeoisie jusqu’ici dépolitisée. Ensuite vint l’expédition en Amérique ; celle-ci contribue au succès des valeurs libérales (tant économiques que politiques) défendues par les bourgeois de France mais précipite également la décision prise par Louis XVI de convoquer les États-Généraux afin que la crise financière léguée par cette aventure puisse être réglée. Loin de se cantonner aux seules affaires financières, les représentants de ce Tiers-État vont imposer le débat politique au grand dam du roi qui se trouve pris dans son propre piège. Effectivement, Louis XVI, conseillé par Jacques Necker son ministre des Finances, entend bien mettre le clergé et la noblesse au pas fiscal avec l’assentiment du Tiers-État qui s’empresserait de voter l’abolition des privilèges économiques. Au lieu de cela, les députés du Tiers, alliés à la petite noblesse libérale et au bas-clergé, fondent l’Assemblée nationale dans la salle du jeu de paume, le 17 juin 1789.
C’est le début d’une
longue série de maladresses royales qui vont fortement discréditer la royauté
aux yeux du peuple et conduire à la proclamation du régime républicain en France.
Confronté à une situation qui le dépasse, le Roi congédie Necker et presse la
troupe de marcher sur Versailles. Mais alors que les régiments marchent aux
abords de Paris, la population municipale panique ; celle-ci, déjà fragilisée
par des famines dues à de très mauvaises récoltes, craint des pillages et des
exactions. La bourgeoisie locale se constitue alors Garde nationale pour
protéger ses biens mais il lui manque canons, mousquets et munitions ;
pour les armes, les Invalides feront l’affaire, pour la poudre, ce sera la
prison royale de la Bastille. Le 13 juillet 1789, les fermes générales (postes
de péage) sont brûlées par la population en fureur. Le 14 juillet, Paris exige
la reddition des troupes stationnées à la Bastille. Les maladresses conduisent
à des émeutes et à la prise de l’édifice. En quelques semaines, la réforme a
laissé la place à la Révolution…
La Révolution
libérale et girondine (1789-1792)
Là encore,
contrairement à une idée reçue héritée de la tradition républicaine, la Révolution
française de 1789 ne fut pas un bloc unitaire idéologiquement homogène mais
connu des phases aux durées plus ou moins égales.
D’abord, dans la
droite lignée des réformes constitutionnelles initialement voulues par la bourgeoisie,
la Révolution affiche un caractère libéral et décentralisateur qu’incarneront
plus tard le club des Girondins. Les privilèges, frein à la liberté économique comme
politique, sont abolis dans la nuit du 4 août 1789 tandis que les droits de l’Homme
et du Citoyen sont proclamés, le 26 août. Les travaux constitutionnels sont fortement
inspirés de la démocratie britannique qui fait office de modèle. Toutefois,
cette Révolution libérale se heurte aux réticences multiples de la noblesse
réactionnaire, d’une dynastie royale attachée à son pouvoir, et d’un petit peuple
parisien qui peine à voir se concrétiser les promesses de l’Assemblée
constituante.
Certaines réformes
décisives sont toutefois menées ; la famille royale quitte Versailles sous
la pression populaire en octobre 1789 pour les Tuileries, des départements
abolissent et homogénéisent les anciennes provinces, l’égalité devant la loi
est réaffirmée, les parlements régionaux sont supprimés au profit de l’unique Assemblée
constituante faisant ainsi triompher le droit national sur le droit local, la
torture est abolie, les douanes et péages sont supprimés en raison du principe
de liberté du commerce, les corporations sont interdites au nom de la liberté d’entreprise,
et le clergé est soumis par l’État avec une Constitution civile.
Cependant, ni ces réformes
ni la Constitution de 1791 n’empêcheront la France de sombrer dans le chaos. Jouant
un double-jeu dangereux, Louis XVI concède aux représentants nationaux pour
mieux préparer la reconquête de son pouvoir. Sa fuite, arrêtée à Varennes en
juin 1791, décrédibilise la royauté qui est accusée de trahison patriotique. En
avril 1792, alors devenu monarque constitutionnel, il déclare la guerre aux
puissances impériale d’Autriche et royale de Prusse dans l’espoir secret d’y
voir perdre les armées de la Révolution. Dans le même temps, l’opposition
politique est muselée voire réprimée dans le sang ; à la suite de la fuite
de Varennes, les clubs des Jacobins et des Cordeliers appellent à la
destitution du roi au Champ de Mars ainsi qu’à la proclamation d’une république.
La manifestation se conclut par une fusillade qui fera une centaine de morts et
de blessés parmi les Parisiens réunis – événement qui attisera la colère
populaire. Alors que la France est envahie, l’insurrection éclate au cœur de l’été :
le roi est constitué prisonnier et déchu. Le 21 septembre 1792, au lendemain de
la victoire de Valmy contre Autrichiens et Prussiens, la Première République
française est proclamée par la nouvelle Convention nationale.
La dictature
jacobine pour sauver la « Patrie en danger » (1792-1794)
La République naît
en France dans un contexte complexe ; le pays est envahi de toutes parts,
les armées sont gangrenées par la désertion des officiers royalistes et des
insurrections éclatent en province en soutien à Louis XVI. Nous comprenons
mieux maintenant les excès de cette deuxième phase politique de la Révolution :
la dictature jacobine.
La Convention nationale, nouveau nom donné à l’Assemblée,
est confronté à un ensemble de problèmes que la modération semble incapable de
régler. Sous l’influence de grands orateurs républicains et patriotes comme
Georges Danton, Camille Desmoulins, Jean-Paul Marat ou Maximilien Robespierre, les
députés précipitent la jeune république dans la radicalité. Quelques jours avant
sa proclamation, des milliers de nobles prisonniers en France sont sommairement
exécutés, accusés de trahison. Pourtant, face aux Jacobins, les Girondins opposent
une résistance politique farouche, mais Brissot ou Condorcet sont
inexorablement conduits à la guillotine. Progressivement, la France républicaine
invente la Terreur qui se veut un moyen de lutter contre les trahisons
intérieures et invasions extérieures.
La Terreur préfigure les massacres de masse
de la modernité ; entre 1793 et 1794, 500 000 personnes sont
emprisonnées tandis que plusieurs dizaines de milliers sont exécutés – fusillés,
noyés ou guillotinés. Une répression sans commune mesure dans l’histoire
nationale s’exerce, notamment en Vendée royaliste ainsi que dans le Sud-Est
sécessionniste. Mais ce despotisme révolutionnaire obtient des résultats
tangibles : peu à peu, les armées sont réformées grâce à l’influence du commissaire
Lazare Carnot, l’ordre public est rétabli à l’Ouest comme au Sud-Est tandis que
la population parvient à survivre grâce aux mesures uniques prises par l’État.
Finalement, contre
les idées reçues du XXIème siècle, ce ne fut pas la mégalomanie de
Robespierre qui entraîna sa chute ainsi que l’arrêt de la Terreur, mais la délégitimation
de telles mesures alors que s’accumulèrent les victoires extérieures comme
intérieures. Ainsi, même s’ils furent capitaux, les Jacobins ne furent qu’une brève
parenthèse dans l’histoire de la Révolution. Leurs réalisations préfigurent
toutefois ce que sera l’État français pour les deux siècles à venir : une
puissance ultra-centralisée, où l’autorité y est verticale et totale. Paradoxalement,
les Jacobins accomplissent le rêve millénaire des Capétiens : l’unité
française. Cela peut s’expliquer par la sociologie ; les Jacobins sont
quasiment tous issus de la petite bourgeoisie urbaine, proche du peuple, de ses
problématiques et de ses intérêts, contre les affaires internationales, les
corps intermédiaires ou le particularisme de Province.
Une
réaction libérale synonyme de coups d’État à répétition (1794-1799)
En juillet 1794, le
despotisme robespierrien est aboli et un régime nouveau voit ultérieurement le
jour : le Directoire. Se voulant collégial, libéral et démocratique, le Directoire
bénéficie initialement des résultats de la Terreur sur les conquêtes
extérieures (triomphe de Fleurus) mais peine à convaincre tant les élites que
la population française. Pire, il en vient à ne plus pouvoir légitimer son
existence qu’au travers de coups d’État à répétition.
Le Directoire est
une période troublée où règnent désespoir, corruption et désillusion. Si la
Terreur s’achève, une réaction s’affiche : la Terreur blanche qui fît des
milliers de morts à travers le pays. Tous les bourreaux de l’ancien
gouvernement sont traqués et sommairement exécutés. De plus, le nouveau régime
est en proie aux révoltes. Incapable de gagner les urnes, le Directoire passe en
force, inventant par la même la notion de coup d’État. Ironiquement, c’est
un procédé similaire qui l’emportera, lorsque le jeune et talentueux général
Napoléon Bonaparte s’emparera du pouvoir politique en 1799.
Ainsi, face au
délitement du pouvoir central dont certains membres envisagent un retour des
Bourbons sur le trône, députés et militaires envisagent une action décisive. Pour
cela, ils comptent sur la figure charismatique du nouveau héros de la
Révolution : Napoléon Bonaparte. Ce dernier signe une série de victoires
inattendues en Italie contre l’Autriche puis en Égypte contre Ottomans,
Mamelouks et Britanniques. Pour ce gouvernement aux mœurs empruntes de
romanité, il est temps d’en finir avec la Révolution et de « franchir le
Rubicon ».
La
Révolution, un monument historique français
Aujourd’hui comme
hier, la Révolution forme la pierre angulaire de l’identité nationale
française. Faisant entrer la France dans la modernité politique, elle aura des
conséquences décisives sur toute l’Europe au travers des conquêtes réalisées
par ses armées. Longtemps décriée par les royalistes pour son extraordinaire
violence, encensée par les républicains pour les valeurs et vertus qu’elle
défendait, la Révolution demeure un objet de débat historique fondamental entre
les Français et les historiens.







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