Les Valois, des rois maudits ?
En 1328, Charles IV meurt sans héritier direct. Sa disparition met fin à trois siècles de miracle capétien à savoir la continuité dynastique extraordinaire des descendants de Hugues Capet. Au terme d’une nouvelle élection monarchique, la branche cadette des Capétiens-Valois prend finalement le relai, amenant à un cycle de guerres européennes sans précédent dans l’histoire de France. Sous leur règne, de 1328 à 1589 ; le pays va connaître la guerre de Cent-Ans, les guerres d’Italie et celles de Religion. Mais la France va également briller comme le centre culturel du continent européen ; reprenant à son compte la Renaissance italienne, et donnant ses lettres de noblesse à une langue qui deviendra bientôt nationale : le français.
Une légitimité
contestée
La branche cadette
des Capétiens-Valois naît en 1285 lorsque le prince Charles, frère de Philippe
le Bel, se voit confier le comté de Valois en apanage comme il était
régulièrement de coutume au Moyen-Âge classique. Cette pratique visait à écarter
le mal qui avait frappé les Mérovingiens et Carolingiens par le passé :
calmer les ambitions familiales vis-à-vis d’héritages royaux. Cependant,
Charles de Valois ne fut pas homme à mener une vie paisible et retirée. Toute
sa vie, il participa à la politique nationale, d’abord aux côtés de son frère,
puis de ses neveux dont il jalousait la couronne.
Finalement, ce
sera son fils, Philippe de Valois, qui sera élu roi de France en 1328 au cours
d’une réunion des pairs. Effectivement, le dernier capétien direct
Charles IV meurt sans descendance. Se pose alors la question de sa succession.
Deux candidats sont pressentis ; Philippe de Valois bien sûr puisqu’il
demeure le cousin le plus proche du roi défunt, mais aussi Édouard III d’Angleterre
car petit-fils du roi Philippe le Bel par sa mère Isabelle de France… La
crainte qu’un souverain étranger ne prenne la couronne se faisait de plus en
plus grande auprès des pairs réunis en assemblée. Après maintes délibérations
juridiques, Philippe de Valois fut élu roi, devenant Philippe VI.
Initialement,
Philippe VI ne souffrit d’aucune contestation de sa légitimité. Il avait été
élu par une assemblée des plus grands seigneurs de France et Édouard III avait fait
savoir qu’il renonçait à ses droits sur la couronne française. Le nouveau « roi
trouvé » n’était toutefois pas sorti d’affaires pour autant. Comme il
avait été élu par les grands seigneurs du royaume, ceux-ci attendaient un
retour sur investissement en privilèges et titres. Inconscient de sa propre précarité,
Philippe VI ne fit rien en ce sens, amenant doucement mais sûrement à la guerre
de Cent-Ans…
La guerre
de Cent-Ans, un baptême du feu
En 1337, Édouard
III d’Angleterre revint sur ses renonciations. Profitant d’un climat politique
délétère en France du fait de l’intransigeance de Philippe VI envers les grands
seigneurs, il s’engage dans une série d’offensives destinées, ni plus ni moins,
à conquérir la couronne française. C’est le début de la guerre de Cent-Ans
entre la France et l’Angleterre, conflit que nous pourrions également qualifier
de guerre de Succession de France.
Ce conflit, qui n’est
en réalité qu’une succession de guerres entrecoupées de trêves, sera une
véritable épreuve du feu pour les Valois. Il verra la destruction de la chevalerie
française au profit des armées techniques et professionnelles, notamment lors
de la bataille d’Azincourt (1415). La France sombrera aussi dans la guerre
civile, voyant s’y opposer les Armagnacs aux Bourguignons pour la domination
politique du pays sur fond de Peste noire. Enfin, la guerre de Cent-Ans verra l’avènement
d’un « protonationalisme » français au travers de l’épopée de Jeanne
d’Arc et le triomphe final des Français sur les Anglais.
Au sortir de la guerre
de Cent-Ans, en 1453, le Royaume de France est donc plus fort que jamais. Les
Valois, incarnés par Charles VII, jouissent d’un prestige européen indéniable
tandis que les forces armées royales sont, grâce aux innovations techniques
comme l’artillerie, les plus redoutables d’Europe. Mais pour arriver à ce
résultat, le pays aura connu la mort d’un tiers de sa population, fauchée par
la Peste noire (1346-1353), ainsi qu’une éphémère union personnelle des
couronnes de France et d’Angleterre sous la régence de Jean de Lancastre et le
règne d’Henri VI (1422-1453). Désormais, alors que la paix semble acquise et
que l’Angleterre connaît à son tour une guerre civile, la France se retrouve libre
de définir de nouvelles ambitions et stratégies.
La
naissance d’ambitions européennes
Le règne des
Valois est marqué par trois constantes géopolitiques. D’abord, il s’agit pour
le nouveau pouvoir de renforcer son autorité sur les grands seigneurs qui, nous
l’avons abordé, s’estiment inattaquables. La guerre civile entre Armagnacs et
Bourguignons (1407-1435), puis l’affrontement des rois de France envers les
ducs de Bourgogne (1384-1477), et enfin la guerre ouverte au protestantisme
(1562-1598) vont conditionner l’affirmation du pouvoir politique royal sur la France
d’alors. Si les victoires de Charles VII puis Louis XI, respectivement sur le
parti anglais puis le duché de Bourgogne, vont effectivement renforcer l’autorité
centrale, l’initiale complaisance des derniers rois vis-à-vis de la Religion
réformée, va durablement fragiliser l’État.
Une fois les
grands seigneurs mis au pas, au lendemain de la guerre de Cent-Ans, les rois de
France vont afficher de nouvelles ambitions, à l’échelle européenne cette fois.
Auparavant, sous les Capétiens directs, l’œuvre royale demeurait une longue lutte
contre la féodalité et les ambitions seigneuriales. La France, finalement, ne s’était
que peu agrandie. Notamment sous le règne de Louis XI (1461-1483) puis la
régence de son fils Charles VIII par sa fille Anne de Beaujeu (1483-1491), le
royaume étend son influence dans des territoires demeurés résistants à l’autorité
française, de la Bretagne à la Bourgogne. Finalement, ces deux territoires sont
annexés à la Couronne entre 1477 et 1514. Ce travail assidu des deux Valois va
permettre au pays de croître avec un minimum de conflits armés ouverts : c’est
la naissance d’un véritable art diplomatique national. Toutefois, ces ambitions
portées au-delà des frontières nationales vont attiser la colère de nations ascendantes
en Europe comme l’Autriche.
C’est la troisième
constante géopolitique des Valois : l’affrontement entre la maison royale
de France et les Habsbourg en Europe à travers, notamment, les guerres d’Italie
(1494-1559). Une fois débarrassés de la menace anglaise, la France ambitionne d’étendre
son influence en Italie. Les règnes de Louis XI et Anne de Beaujeu ont, nous l’avons
précisé, permis une extension territoriale sans précédent du royaume. L’Italie du
XVème siècle est bien différente de celle du XXIème
siècle. Tout comme l’Allemagne, ce n’est encore qu’un concept géographique
puisque l’ensemble de la péninsule italienne est parsemée de cités-états et de
royaumes indépendants. Toutefois, l’excellente santé commerciale de ces
dernières entités contribue à un essor culturel qui sera connu sous le nom de Renaissance.
Depuis le XIIIème siècle, des Capétiens règnent sur le Royaume de Naples
– les Capétiens-Anjou. Cependant, ceux-ci sont en exil depuis le début du XVème
siècle et s’éteignent, laissant des revendications au roi de France. C’est le
début des guerres d’Italie qui seront le tombeau des Valois.
Les guerres d’Italie
marquent ainsi l’avènement d’un affrontement majeur entre France et Autriche en
Europe. Effectivement, l’archiduché d’Autriche connaît une ascension politique importante
au cours du XIVème siècle. Devenus maîtres du Saint-Empire romain
germanique, ancêtre de l’Allemagne actuelle, les archiducs d’Autriche ambitionnent
eux-aussi d’étendre leur influence sur l’Italie voisine. Progressivement, les
différentes successions européennes vont les hisser au sommet de l’Europe – au détriment
de la France. Ainsi, lors du règne de l’empereur Charles Quint (1520-1556), la
maison autrichienne de Habsbourg règne sur l’Espagne, l’Autriche, l’Allemagne et
l’Italie. Le Royaume de France, encerclé, n’a d’autres choix que de s’allier à
l’Angleterre – quand celle-ci ne change pas de camp, trouvant un intérêt
évident à la division du continent européen, tant en termes militaires que
commerciaux. Cette lutte franco-autrichienne durera des siècles, ne prenant fin
qu’au milieu du XVIIIème siècle lors de la Révolution diplomatique
de 1756.
Une
lignée royale fragile
Contrairement aux Capétiens directs, les Valois peinent à afficher une descendance continue ainsi qu’à sanctuariser leur légitimité sur le trône de France. Nous avons déjà abordé la crise dynastique qui secoua la fin du XIVème siècle ; ainsi, au terme de la guerre de Cent-Ans, les Valois semblent enfin légitimés. Or, la mort accidentelle de Charles VIII et ses déboires en Italie portent un coup fatal à la lignée royale car avec lui s’éteint la maison capétienne de Valois. C’est donc son cousin, Louis de Valois-Orléans qui prend sa succession. Mais ce dernier meurt à son tour sans succession. Le trône revient alors aux Valois-Angoulême avec François Ier, en 1515. Ces derniers afficheront une certaine stabilité dynastique jusqu’aux déboires des guerres de Religion.
Outre leurs difficultés
dynastiques, les Valois peinent à assoir leur autorité sur le royaume dès le
règne de Charles VIII (1483-1498) : François Ier est fait prisonnier
par l’empereur Charles Quint à Pavie (1525), Henri II meurt accidentellement lors
d’un tournoi de joute (1559), François II meurt après un court règne d’une
année seulement (1560) tandis qu’Henri III meurt assassiné en pleine guerre de
Religions (1589).
Enfin, les hésitations
et scandales des règnes de François II, Charles IX et Henri III sous la supervision
de la reine-mère Catherine de Médicis conduisent le royaume à un chaos
politique et religieux total. Les Valois sont discrédités et délégitimés alors
que monte sur le trône un cousin en provenance de Navarre : le futur Henri
IV.
Une Renaissance
française
Le règne des Valois,
loin d’être un long fleuve tranquille, fut toutefois marqué par une influence culturelle
indéniable. Après la guerre de Cent-Ans, les rois de France portent un intérêt
tout particulier pour les arts et les lettres qui connaissent un essor
extraordinaire en Italie. Les campagnes dans la péninsule permettent de multiplier
les échanges avec cette Renaissance. Bientôt, et à partir du règne de
François Ier, la France devient l’épicentre de la Renaissance en
Europe. Le long de la Loire, de magnifiques châteaux se construisent comme à
Amboise, Angers, Blois, Chambord, Chenonceau, Saumur ou Tours.
Les artistes et
ingénieurs sont débauchés par une cour royale avide de prestige comme Léonard
de Vinci qui finira même sa vie en France sous le règne de François Ier
(1519). À
la cour, l’étiquette fait son apparition et se répand à travers toute l’Europe
via la pratique de la diplomatie. Enfin, le français, dialecte parmi tant d’autres,
devient par l’ordonnance de Villers-Cotterêts (1539), la langue officielle du
royaume et des textes de loi. De nombreux écrivains et poètes de cette période
vont lui donner ses lettres de noblesse comme Ronsard ou Du Bellay à tel point
que le français devient progressivement la langue diplomatique universelle.
Un bilan
contrasté
Les Valois ont régné sur la France pendant trois siècles. Sous leur règne, ils furent confrontés aux défis de la guerre, de la maladie et des revendications princières. Malgré des échecs retentissants en Italie ou face à la nouvelle religion protestante, ils permirent néanmoins un rétablissement temporaire de l’autorité royale, un agrandissement des frontières nationales et le triomphe d’une Renaissance française influençant toute l’Europe.








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