Les Capétiens, pères-fondateurs de la France
Les Capétiens sont la troisième dynastie royale de France. Encore aujourd’hui, c’est la famille princière la plus ancienne et fertile de l’histoire humaine. Ayant gouverné sur la France, Andorre, la Belgique, l’Empire romain d’Orient, l’Italie, l’Espagne, la Hongrie, le Luxembourg, la Pologne, le Portugal et même le Brésil ; la maison royale des Capétiens est indissociable de l’histoire française. Pendant presque mille ans, ils vont donner corps à l’État-nation France. Ici, nous parlerons toutefois des Capétiens dits directs ; les souverains ayant régné de 987 à 1328, de Hugues Capet à Charles IV le Bel.
L’ascension
d’une nouvelle dynastie
« L’Histoire
ne se répète jamais, elle ne fait que bégayer » ; pourrions-nous dire
à la vue du destin des Capétiens. Comme les Carolingiens avant eux, les Capétiens
sont issus de l’aristocratie franque et occupent des fonctions administratives
essentielles : ce sont des maires du palais ! À l’origine de la famille
capétienne se trouve les Robertiens, des nobles de province. L’un d’eux, Robert
le Fort, se distingue dans sa lutte contre les Normands dans la région de
Touraine au cours des années 860. Comme nous l’avions expliqué au chapitre
précédent, l’Empire carolingien est alors en plein déclin du fait du poids des
traditions familiales franques, du développement de la féodalité ainsi que des
pillages répétés des Scandinaves. Les grands seigneurs du Royaume de Francie
occidentale doutent des capacités de leur suzerain à les protéger des menaces
normandes qui se font alors de plus en plus pressantes. C’est au cours de ce IXème
siècle que s’autonomisent des territoires prestigieux comme le duché d’Aquitaine.
De même, les grandes villes sont obligées de se protéger elles-mêmes des
envahisseurs et pilleurs nordiques. C’est dans ce contexte que nous retrouvons à
nouveau la trace des Robertiens.
En 885, un certain
comte Eudes de Paris organise la défense de sa cité contre les navires de
guerre normands. Il est le fils de Robert le Fort et, ayant bénéficié de l’appui
de membres éminents du clergé, a réussi à reconstituer un prestige familial mis
à mal par la mort subite de son père face aux Scandinaves en Touraine. Au
milieu des Parisiens, il construit une renommée « nationale » qui le
fait connaître dans tout le royaume. Le pouvoir impérial se trouve complètement
discrédité par son inaction et ses hésitations. Moins de trois ans plus tard, Eudes
est élu roi des Francs par une assemblée des pairs du royaume – c’est-à-dire
les plus grands seigneurs de Francie. Mais rien n’est encore joué. Les
Carolingiens s’accrochent à une couronne qu’ils jugent volée et le pays se
retrouve déchiré par des guerres dynastiques qui voient s’alterner rois
carolingiens et rois robertiens. Ainsi, Robert Ier, frère d’Eudes,
sera lui aussi élu roi des Francs en 922 avant d’être démis l’année suivante.
Tout change en 987
à la mort accidentelle du roi carolingien Louis V. Mort sans héritier, une
crise dynastique s’engage. C’est alors qu’apparaît Hugues Capet, duc des Francs,
marquis de Neustrie et comte de Paris. Hugues Capet est le petit-fils du roi Robert
et, grâce à un travail familial assidu, a réussi à devenir le second personnage
du royaume. Ainsi, lorsqu’en juin 987 les pairs se réunissent pour l’élection
du futur roi, il est le grand favori face au controversé Charles de Lorraine.
Le
renforcement du pouvoir royal face à la féodalité
Les exemples des
rois Eudes et Robert ont démontré à Hugues Capet la fragilité de la fonction
royale. S’il a été élu du fait de ses faibles possessions territoriales et du
danger moindre qu’il représentait donc pour les autres seigneurs, il est bien
conscient qu’il va lui falloir conserver le trône à tout prix. Du fait de la déchéance
des Carolingiens, la monarchie franque est devenue élective ce qui n’est pas
pour arranger la survie de la dynastie capétienne. Alors, Hugues Ier
décide de prendre les devants et de faire élire son propre fils, Robert, de son
vivant. Cette pratique durera deux siècles et sera nécessaire à l’association
des Capétiens avec la fonction royale. Ainsi, ce sera Philippe II Auguste
(1180-1223) qui mettra fin à cette tradition du règne conjoint.
La monarchie stabilisée et la fonction royale sanctuarisée, les
Capétiens ont désormais besoin de réaffirmer le pouvoir monarchique central sur
les grands féodaux qui, depuis la mort de Charlemagne en 814, n’ont eu de cesse
de voir leurs prérogatives grandir. Mais les premiers rois n’ont qu’un domaine
personnel limité et pauvre en comparaison des grands duchés de Champagne, de
Bourgogne, d’Aquitaine ou de Normandie. Tel un joueur d’échecs, le roi de France
doit jouer prudemment et analyser toutes les conséquences éventuelles de son
coup.
D’abord, le roi Louis VI le Gros (1108-1137)
va mettre fin à l’autonomie de ses vassaux directs, barons et comtes du domaine
royal, en multipliant les guerres et contre-félonies. À
sa mort, les terres du roi sont pacifiées et n’opposent plus de résistance à
leur seigneur-lige.
Ensuite, et parce qu’il ne saurait être possible de les annexer par la force, ce même Louis VI imagine des mariages et alliances avec les grandes seigneuries du royaume comme l’Aquitaine qu’il compte rattacher grâce au mariage de son fils Louis à la belle Aliénor, en 1137. Quand bien même cette union fut finalement annulée et la riche Aquitaine perdue au profit de l’Angleterre, cette stratégie sera utilisée à de nombreuses reprises par les Capétiens comme en témoignent les mariages d’Anne de Bretagne avec Charles VIII puis Louis XII, respectivement en 1491 et 1499.
Enfin, les Capétiens bénéficient bien malgré eux de la
guerre contre l’Angleterre pour annexer les terres continentales des rois
outre-Manche. Effectivement, depuis l’accession de Guillaume de Normandie à la
couronne anglaise (1066), le roi d’Angleterre est aussi bien indépendant que vassal
du roi de France. Les guerres dynastiques à répétition entre Capétiens et Plantagenets
vont ainsi permettre de mettre la main sur la Normandie, l’Aquitaine, l’Anjou,
le Maine ou encore la Touraine.
De plus, les rois capétiens peuvent compter sur la possibilité d’acheter des terres et des titres. Toutefois, l’une de leurs principales acquisitions fut l’annexion du comté de Toulouse par Louis VIII et Louis IX des suites de la croisade contre l’hérésie cathare au XIIIème siècle. Ainsi, pendant presque trois siècles, les rois de France vont multiplier les opérations pour diminuer la puissance militaire, politique ou économique de leurs vassaux à tel point que la fonction royale s’en trouve restaurée comme du temps de Charlemagne, à la veille de la guerre de Cent-Ans (1337).
Quelle
était la France capétienne ?
En ce début de
second millénaire chrétien, la France est indéniablement le pays le plus riche
d’Europe voire du monde connu. Bénéficiant d’une expertise plusieurs fois centenaire
en matière d’agriculture ou d’élevage, grâce notamment à l’héritage gaulois, les
Français disposent de terres fertiles, convenablement exploitées et en quantité.
L’artisanat national se fait également une place en Europe en cet âge d’or des
chevaliers et des croisades.
En était-il de
même pour la population ? Lors de l’avènement de Hugues Capet, le royaume
comptait une dizaine de millions d’habitants. À la mort du dernier capétien
direct, Charles IV (1328), la population avait doublé, signe d’une croissance
démographique dynamique et de récoltes abondantes. Effectivement, les famines
sont rares entre le Xème et le XIVème siècle ; en
cause un optimum climatique particulièrement doux. Les températures, bien plus
élevées qu’au XXIème siècle, bénéficient largement aux productions
de blé et de vin. Malgré la subsistance de corvées et de travaux collectifs, le
servage (sorte d’esclavage médiéval) recule fortement en France. S’appuyant
sur des justifications linguistiques, historiques et religieuses, Louis X promulgue
l’abolition du servage dans tout le royaume dès 1315. Dans les faits, il était
déjà en voie d’extinction du fait de l’instauration d’une société d’ordres et
de l’enrichissement global de la population paysanne.
En Europe, la France
est la première puissance politique et militaire. Depuis la victoire des
troupes françaises de Philippe Auguste sur la coalition européenne de Jean-Sans-Terre
à Bouvines (1214), Paris est devenu une référence martiale. C’est l’âge d’or
des chevaliers et des saintes croisades. Sur le plan politique et judiciaire,
le règne de Louis IX, futur Saint-Louis, voit son autorité s’imposer à travers
l’Europe et il n’est pas rare de voir des princes et monarques venir à la cour
du roi de France dans le but de régler un litige comme ce fut le cas pour le
roi Henri III d’Angleterre lors du Dit d’Amiens (1264). Enfin, sur le plan
religieux, la France rayonne du fait de la flambée des constructions de cathédrales
dont la plus connue demeure Notre-Dame de Paris. Sous Saint-Louis, la France gagne
également en renommée avec l’acquisition de prestigieuses reliques issues de la
Passion du Christ à savoir la Sainte-Couronne et un morceau de la Vraie-Croix. De
même, l’édification de la Sainte-Chapelle confirme le savoir-faire français en
matière de vitraux et de constructions architecturales monumentales.
La marche
vers un nouveau concept politique : l’État-nation
Le règne des
Capétiens directs fut une longue marche dynastique vers un accroissement du pouvoir
royal contre les institutions féodaux-vassaliques héritées de l’Empire
carolingien. Pendant trois cents ans, les rois capétiens vont ainsi assimiler
différents territoires auparavant autonomes dans un même espace commun, une
même loi royale, une même foi partagée : Une Foi, Une Loi, Un Roi. Lorsque
s’éteint Charles IV en 1328, l’autorité personnelle du souverain se confond quasiment
avec les frontières du royaume. Si les duchés et comtés continuent d’exister,
ils sont donnés en apanage (en jouissance) à la famille proche du monarque de sorte
que les ambitions personnelles soient contenues. Ainsi, différentes branches
cadettes des Capétiens voient le jour en Orléanais, en Bourbonnais, en Valois,
en Angoumois, etc.
De même, la notion
de nation voit le jour sous le règne combiné des Capétiens. La victoire française
de Bouvines modifie profondément la vision populaire et aristocratique envers
la figure du roi. L’idée de défendre un royaume, une communauté, et non une
terre familière naît alors. Les édits royaux et l’augmentation du prestige
monarchique contribuent grandement à affermir la présence, fusse-t-elle
symbolique, du pouvoir central auprès des habitants. De même, la mise en place
d’intendants et de baillis permet d’asseoir un meilleur contrôle du roi de France
envers ses administrés. Un lien unique se forge alors entre le chef d’État et
les Français, union renforcée par la politique capétienne d’appel au peuple contre
l’aristocratie rebelle.
Attention
toutefois à ne pas verser dans l’anachronisme. La France demeure une mosaïque
de peuples, de cultures et d’identités régionales. Le droit « national »
cohabite avec un droit local et coutumier qui prend souvent le pas, faute de
présence étatique suffisante – notamment aux frontières du royaume ou dans les
territoires nouvellement annexés. De même, aucune langue n’a pour l’instant
pris le dessus et le français demeure un dialecte propre à la région parisienne
et à l’élite princière. Le latin reste la langue juridique et politique par
excellence. Finalement, seule la religion chrétienne apparaît comme le ciment civilisationnel
des différents peuples français.
Les
Capétiens, pères-fondateurs de la France
En résumé, les
Capétiens ont fait la France ; ce sont les véritables pères-fondateurs du
pays. Outre l’accroissement de l’autorité étatique qui met progressivement fin
à la féodalité, les rois capétiens ont définitivement entériné le concept de « France ».
De même, les premiers symboles naissent sous leur règne : des fleurs de
lys adoptées par Louis VII au terme de roi de France adopté par Philippe
II Auguste. Sous Saint-Louis, la France devient le temple européen de la foi
catholique, et de la justice terrestre. Enfin, et grâce à un climat
exceptionnellement doux, le pays jouit de richesses agricoles sans commune
mesure. De même, la stabilité politique nouvelle conduit la France à enterrer la
féodalité au profit d’un concept nouveau : l’État-nation. Mais le revers
de cet « âge d’or » demeure de complexes relations avec la papauté,
aggravées par la condamnation de l’Ordre des Templiers par Philippe IV le Bel (1314)
et les prétentions royales sur le Saint-Siège, ainsi que des relations
dynastiques conflictuelles avec l’Angleterre voisine qui mènera à la terrible
guerre de Cent-Ans (1337-1453).







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