En finir avec les mythes de la Terreur

La Terreur est un régime d’exception qui concerna la France pendant une année, de septembre 1793 à juillet 1794. Mise en place par la Convention nationale sous influence jacobine, c’est un ensemble de mesures répressives, judiciaires, économiques ou encore sociales destinées à protéger la jeune république française de ses ennemis extérieurs (Europe monarchiste coalisée) comme intérieurs (royalistes et fédéralistes de Vendée, Provence…). Si la Terreur atteignit son objectif, elle contribua à discréditer le régime républicain en France pendant un siècle et demeure encore aujourd’hui combattue par les sphères conservatrices, royalistes ou nationalistes. En tant que tel, elle fait donc également l’objet d’une légende noire contre laquelle il convient de rétablir une certaine objectivité historique.

La première expérience dictatoriale française

Le 21 septembre 1792, la Convention nationale abolissait la royauté en France – mettant fin à un régime vieux de plus d’un millénaire. Le pays est alors en guerre contre une Europe coalisée menée par l’Autriche et la Prusse. La proclamation de la République française ne marque pas la fin des troubles, bien au contraire. Durant un an, la France va voir naître sur son sol des révoltes, insurrections et mouvements sécessionnistes envers le nouveau pouvoir révolutionnaire.

À l’origine dominée par les membres du club politique des Girondins, la Convention fait l’objet de pressions populaires (les Sans-Culottes) et parlementaires (le club des Jacobins). Certaines figures de la Gauche émergent et gagnent en popularité au sein du petit peuple parisien à l’instar de Camille Desmoulins, Georges Danton, Jean-Paul Marat ou encore Maximilien de Robespierre.

Bientôt, les accusations de trahison et de complaisance avec l’ennemi monarchiste fusent à l’encontre des dirigeants modérés. Les luttes de pouvoir au sein de la Salle du Manège conduisent finalement à l’éviction des Girondins au profit de leurs adversaires radicaux. Pour contrer les nombreuses menaces auxquelles la France est confrontée, le nouveau gouvernement s’inspire de l’antiquité gréco-romaine ; les Jacobins aspirent à devenir les nouveaux Périclès ou Sylla.

À travers le Comité de Salut public, créé en avril 1793, la Terreur va être mise en place comme un régime d’exception aux accents dictatoriaux. L’objectif est simple : sauver la « Patrie en danger » pour reprendre la célèbre formule de Danton. Ici, les révolutionnaires français s’inspirent clairement de la dictature romaine, fonction honorifique décernée par le Sénat en cas de crise grave. Rappelons qu’à cette période, les références historiques sont largement dédiées à la Sparte classique (égalité des droits, citoyen-soldat) ainsi qu’à la République romaine (dictature, hégémonie parlementaire, devoir civilisateur).

L’efficace lutte contre les ennemis de la Révolution

La Terreur telle qu’instaurée par le Comité de Salut public en septembre 1793 identifie plusieurs ennemis ; les royalistes qui agitent les provinces de Vendée, de Provence, de Corse ou encore du Lyonnais, les forces européennes menaçant les frontières, mais aussi les plus extrémistes des révolutionnaires qui menacent l’ordre public.

Pour lutter efficacement contre ces menaces, le gouvernement révolutionnaire va constamment rechercher l’ordre et l’unité. Pour cela, les armées sont réorganisées, les approvisionnements sont revus, l’hyperinflation est combattue par des lois économiques et les extrémistes sont emprisonnés ou exécutés.

Après une année de Terreur, les objectifs sont remplis ; la Vendée, la Provence ou la Corse sont pacifiées, les prix sont stabilisés, les menaces extérieures sont refoulées. Cette réussite aura toutefois eu un coût humain important avec plusieurs dizaines de milliers de morts à travers tout le pays – notamment l’Ouest royaliste. De nombreuses personnalités furent également victimes d’un dispositif bientôt hors-de-contrôle à commencer par les instigateurs de la Terreur comme Camille Desmoulins, Georges Danton et bien sûr Robespierre qui chute le 27 juillet 1794.

Incapable de justifier la poursuite des mesures exceptionnelles aux vues du redressement économique, social et militaire, Robespierre est rapidement acculé et discrédité. Il meurt guillotiné pour avoir été le premier dictateur de l’histoire nationale.

Un discrédit séculaire du régime républicain en France

Dès sa mise en place, la Terreur est combattue par de nombreux royalistes mais aussi des révolutionnaires libéraux. Toutefois, et parce que ces deux groupes survécurent politiquement à ce régime d’exception, c’est une véritable propagande médiatique et intellectuelle qui va bientôt frapper la Terreur en France pour les siècles à venir.

Au cours du XIXème siècle, ce sera l’argument premier des opposants à un régime républicain et démocratique (royalistes, libéraux…) ; discours qui pesa régulièrement sur le vote paysan largement conservateur jusqu’à la fin du siècle. En 1871, cette légende noire fut renforcée par les exactions de la Commune. En 1936, avec l’ascension du Front Populaire, ou encore en 1981 avec l’élection de François Mitterrand, des critiques de la Terreur accompagnent l’histoire politique française.

Aujourd’hui encore, la Terreur est combattue par les milieux nationalistes, conservateurs ou libéraux qui voient en cette mesure radicale et révolutionnaire l’expression de la Gauche dans son ensemble dès lors qu’elle se retrouverait au pouvoir. Dans le monde post-Guerre Froide, des allégations de « génocide vendéen » sont même émises à l’encontre de la Terreur et plus largement de la République sans que les répressions effectivement constatées ne correspondent à la définition d’un tel crime contre l’humanité.  

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