En finir avec les mythes de l’année 1940

    Nous avons régulièrement entendu que l’année 1940 fut le tombeau des armées françaises face à une Allemagne invincible, mieux organisée et intégralement blindée ; de même, nous avons régulièrement vu la résistance française niée au profit de l’héroïsme des seuls aviateurs et marins britanniques. Au-delà des mythes d’une France capitularde, d’une Allemagne que rien n’aurait pu stopper et d’un Royaume-Uni gardien de la Liberté ; revenons sur l’année 1940 – date d’un traumatisme qui façonne encore aujourd’hui nos sociétés européennes et occidentales.

Dans l'imaginaire collectif, la campagne de France fut un déclassement mécanique des Français par les Allemands. La réalité est toute autre. 

Une France capitularde balayée en quelques semaines ?

    C’est le mythe principal qui entoure l’année 1940 : la défaite de l’armée française, en retard sur la doctrine, l’équipement, les effectifs ou encore l’industrie de son adversaire. Pourtant, les Français ont opposé aux Allemands une résistance méconnue qui fut capitale dans la poursuite du second conflit mondial voire la victoire finale des Alliés. Pour le comprendre, il nous faut d’abord revenir sur la France à la veille de la campagne de mai-juin 1940.

    Depuis la fin de la Grande Guerre, l’armée française est unanimement considérée comme la meilleure du monde. Cependant, elle connaît une longue série d’errements liés à son repositionnement stratégique ; dépourvue d’objectif aussi clairement identifié que la reconquête de l’Alsace-Moselle comme ce fut le cas auparavant, la France montre des hésitations et perd un temps précieux dans le développement de son aviation comme de ses blindés de combat au cours de l’Entre-Deux-Guerres. De plus, d’un point de vue diplomatique, elle se retrouve isolée du fait de la méfiance anglo-saxonne à son égard ; Londres et Washington refusent toute hégémonie française en Europe et soutiennent activement l’Allemagne, y compris après qu’Adolf Hitler arrivât au pouvoir. Dès 1920, le Sénat américain refusa de ratifier le traité de Versailles, mettant de facto fin à l’Entente ; les invasions françaises de la Ruhr (1921 et 1923) achèveront de faire basculer le Royaume-Uni qui annoncera logiquement sa neutralité lors de la remilitarisation de la Rhénanie au mois de mars 1936. Si la « réconciliation » fut de mise avant l’arrivée au pouvoir de Hitler notamment sous l’égide d’Aristide Briand, la France subit la politique de ses alliés théoriques jusqu’à la déclaration de guerre.

Mieux entraînée, mieux équipée, et victorieuse de la Grande Guerre ; l'armée française est réputée comme la meilleure du monde en 1940. 

    La Seconde Guerre mondiale déclarée, en septembre 1939, la France incarne toutefois une menace conséquente pour l’Allemagne ; au sein de l’Alliance, Paris demeure la principale force militaire avec environ deux millions de soldats en première ligne, ainsi qu’une supériorité numérique en chars et canons par rapport à Berlin. Cependant, la doctrine défensive qui s’est imposée à partir de 1923 au sein de l’état-major français contraint le pays à la « Drôle de Guerre ». Contrairement à une idée reçue, l’interruption de cette phase ne fut pas l’invasion de la Belgique et des Pays-Bas par l’Allemagne en mai 1940 mais le lancement d’une invasion du Danemark et de la Norvège le mois précédent ; pour Berlin, il s’agit de mettre la main sur les minerais de fer norvégiens comme suédois nécessaires à l’effort de guerre du Troisième Reich. La France et la Grande-Bretagne déploient un corps expéditionnaire en soutient à Oslo soit environ 35 000 hommes – celui-ci tiendra jusqu’à la capitulation de la Norvège, le 10 juin 1940 après deux mois de lutte.

    La campagne de France, quant à elle, commence le 10 mai 1940 avec l’invasion de la Belgique, du Luxembourg et des Pays-Bas par l’essentiel de l’armée allemande massée aux frontières depuis des mois. Décidés à préserver le territoire national des destructions du conflit précédent, les Français engagent leurs meilleures troupes dans un mouvement de soutien destiné à venir au contact des agresseurs. En quelques jours, des centaines de milliers d’hommes manœuvrent via la Belgique pour combattre la Wehrmacht. C’est ce mouvement, offrant un centre affaibli aux troupes mécanisées des Ardennes, qui fût décisif pour la victoire allemande. Finalement, les troupes françaises mais aussi belges, hollandaises et britanniques vont subir le même type d’encerclement stratégique que les Soviétiques l’année suivante. Malgré cela, les Français témoignent d’une résistance acharnée – que ce soit lors de contre-offensives isolées (colonel De Gaulle à Montcornet, général Flavigny à Stonne…) ou lors de la défense de Dunkerque qui permît le rembarquement de 340 000 soldats dont 100 000 Français vers la Grande-Bretagne pour continuer le combat. Même après la fermeture de la poche de Dunkerque, les divisions françaises offrent une résistance féroce ; les 250 000 hommes de la ligne Maginot ne capitulent qu’à la demande du gouvernement Pétain après deux mois de siège, la Loire est défendue avec détermination tandis que les troupes italiennes sont contenues dans les Alpes jusqu’à l’armistice – parfois à dix contre un !

Passée sous silence, la bataille des Alpes est un coup d'arrêt majeur aux ambitions de l'Italie mussolinienne ; 170 000 Français mettent en échec 300 000 Italiens pour des pertes mineures (400 pertes françaises contre 5 000 pertes italiennes).

    Finalement, lors de la bataille de France, les armées de la République ont infligé 175 000 pertes humaines à l’Allemagne ; au cours de cette campagne, la Wehrmacht est amputée de la moitié de son arme blindée et la Luftwaffe d’un cinquième de sa flotte aérienne – autant de matériels qui lui feront défaut contre le Royaume-Uni, au-dessus de l’Angleterre comme plus tard en Afrique du Nord. Malgré la défaite, les Français affichent des pertes équivalentes à celles de leurs adversaires ; nous sommes loin de la débâcle fatale de 1870-71 où le Second Empire affichait presque trois fois plus de pertes humaines que l’Allemagne unie.

Une Allemagne invincible ? La mécanisation remise en question

    La défaite française de 1940 fit naître un mythe, celui de l’invincibilité de l’Allemagne, notamment à cause de son arme blindée, de son organisation logistique infaillible et de la complémentarité de ses moyens de combat (aviation, artillerie, chars…). Or, l’idée habituellement anachronique d’une Allemagne entièrement mécanisée, à défaut motorisée, disposant de chars lourds et performants, est à proscrire ; l’armée allemande de 1940 est celle de 1918 exceptées quelques améliorations notables. Ainsi, l’essentiel de la Wehrmacht (90% des effectifs) est encore hippomobile ou piéton quand l’offensive de mai est lancée ; les divisions d’infanterie comme de garnisons sont déplacées à l’aide de chevaux ou à pied de même que les canons d’artillerie encore largement dépendants des infrastructures ferroviaires ou des bêtes de somme. À noter également l’inégale qualité des troupes du Troisième Reich ; si les forces d’élite qui constituent le « fer de lance blindé » sont jeunes et dotées des derniers équipements, la majorité des soldats allemands est plutôt âgée, inexpérimentée et sert avec les armes de la Grande Guerre.

Loin des meutes blindées, l'armée allemande était principalement piétonne et hippomobile contrairement à l'armée française principalement motorisée. 

    Mais alors comment expliquer une victoire si rapide de l’Allemagne ? La réponse tient principalement dans l’utilisation plus pertinente et judicieuse des moyens militaires par l’état-major allemand qui exploitât efficacement le point faible du dispositif allié dans les Ardennes au travers du « fer de lance blindé ». Traditionnellement, il est courant de constater un fantasme de la blitzkrieg – ou « guerre-éclair » – qui voudrait une théorisation totale de celle-ci par les militaires allemands dès l’invasion de la Pologne en 1939. Or, cette révolution doctrinale tient plus de l’improvisation et du pragmatisme que de la réelle organisation réfléchie. Pour l’historien militaire allemand Karl-Heinz Frieser dans son Mythe de la guerre-éclair : la campagne de l’Ouest de 1940 datant de 1995, l’armée allemande bénéficia d’un énorme effet de sidération de la part des forces alliées ; effet salvateur quand il nous apprend qu’une simple contre-offensive organisée des Français sur les flancs allemands aurait conduit à l’effondrement de l’armée nazie tout entière. D’après lui, la victoire allemande de 1940 tient plus aux erreurs défensives de la France que du génie tactique ou stratégique supposé des troupes germaniques.

    Plus loin dans son œuvre historique, Frieser compare l’armée allemande de 1940 à une « lance avec une pointe d’acier trempé, dont le manche, en bois, paraissait d’autant plus pourri qu’il était long ». Cette métaphore souligne l’extrême inconscience des généraux Erich von Manstein et Heinz Guderian ; aussi audacieuse que fût leur percée, cette manœuvre est en pleine contradiction avec la mentalité stratégique de l’Allemagne d’alors qui, si elle cherche certes à remporter de rapides victoires sur ses voisins, n’a jamais théorisé de telles actions. Pas étonnant, dès lors, d’assister à l’irritation d’Adolf Hitler qui ordonna constamment aux meutes blindées de Guderian de ralentir leur progression voire d’arrêter complètement leur avance. L’ensemble de ces analyses nous fait toutefois nous intéresser à cette « étrange défaite » française comme l’a également surnommé Marc Bloch.

Les chars allemands, plus légers et moins blindés, sont disposés dans des unités d'élite mais ne représentent en rien l'état général de l'armée allemande tout entière. 

L’étrange défaite française

    Le 9 mai 1940, à la veille de l’offensive allemande sur le Bénélux, la France fait figure de poids lourd militaire face à l’Allemagne. Si nous avons aujourd’hui une vision anachronique des troupes allemandes, supérieures en tout point puisque finalement victorieuses, il nous faut se rappeler de l’impressionnante force armée mais aussi l’incroyable potentiel industriel dont disposaient la France et ses alliés.

    Lorsque commence la bataille de France, Paris dispose de deux millions d’hommes répartis sur deux fronts principaux ; l’un de la mer du Nord à la Suisse pour s’opposer directement à Berlin (1 400 000 hommes), l’autre de la Suisse à la Méditerranée pour contenir toute agression italienne dans les Alpes (600 000 hommes). Certes, ces effectifs sont bien moindres par rapport à ceux de la Grande Guerre quand la France déployait quatre millions de Poilus en 1914, allant jusqu’à mobiliser huit millions de citoyens durant l’intégralité du conflit. En réalité, il nous faut noter l’absence de deux millions de Français mobilisés également dans des secteurs stratégiques dès 1939, de l’agriculture à l’industrie lourde pour l’effort de guerre. De plus, contrairement à une nouvelle idée reçue, le Poilu de la Seconde Guerre mondiale n’est pas plus pessimiste ou réfractaire que son aîné de la Première : seuls 3 700 désertions sont à dénombrer lors de la mobilisation initiale et la quasi-totalité des prisonniers de guerre (1 845 000 hommes) le furent en raison de l’arrêt des combats prononcé par le gouvernement Pétain à partir du 17 juin 1940. Ces effectifs sont équivalents à ceux de l’armée allemande qui voit ses troupes notamment éparpillées en Pologne dans le cadre de l’occupation du pays.

    Avec l’infériorité numérique supposée, l’infériorité matérielle est un argument régulièrement avancé par les défenseurs d’une défaite française inéluctable. Or, nous le savons aujourd’hui, la France et ses alliés disposaient d’un nombre supérieur de chars de combat (4 200 contre 3 600), de canons d’artillerie (10 000 contre 7 000) et – fait bien plus méconnu – de camions (300 000 contre 120 000) ! De plus, au-delà des chiffres, le matériel militaire français, même le plus vieillissant, était de bonne facture, fiable et résistant. Outre les armes personnelles qui accusent un retard global, le MAS-36 n’étant que trop peu diffusé, les Français disposent de meilleurs chars dotés de blindages lourds et d’armements puissants. Contrairement à 1914 où l’artillerie accusaient des difficultés certaines, la France dispose d’une excellente force de frappe à l’image des canons de 155 mm que l’occupant conservera pour la défense du littoral et que les Anglo-Saxons affronteront en Normandie quatre ans plus tard. Toutefois, la défaite s’explique ici par une logistique complexe, un manque d’uniformisation matériel lié aux errements de la paix ou encore un emploi différent des moyens tant dans le cadre tactique que stratégique.

La France dispose de la meilleure artillerie du conflit en 1940 dont de nombreux canons antichars qui firent des ravages dans les rangs ennemis (50% des blindés allemands sont détruits au cours de la bataille de France). 

    Ainsi, la défaite française est régulièrement explicitée par les défaillances doctrinales de l’état-major, incapables d’adaptation ou de remise en question ; si la France a perdu, c’est à cause de son mauvais emploi des chars, éparpillés en soutien dans les unités d’infanterie, d’un manque de coordination interarmes ou d’une stratégie trop défensive.

Or, c’est omettre un élément fondamental propre à tous les conflits militaires sans lequel la compréhension d’une victoire ou d’une défaite est impossible que nous qualifierons de biais de planification ; un pays, qu’il soit en guerre ou non, adopte une stratégie militaire propre à une situation géostratégique nationale donnée. Les principaux belligérants n’échappent pas à cette logique ; la France ayant retrouvé l’Alsace-Moselle et ne pouvant pas nécessairement compter sur ses alliés anglo-saxons est contrainte à la fortification ainsi qu’à la temporisation de sorte que son industrie de guerre puisse monter en puissance – comptant sur un épuisement des troupes adverses entre blocus maritime et multiplication des fronts. L’Allemagne est bien consciente de ses faiblesses logistiques ; elle ne peut soutenir une guerre longue c’est pourquoi elle fit le choix d’une armée de métier experte dans ses différents domaines d’activité (aviation de chasse, troupes aéroportées, chars d’assaut…) soutenue par une force de conscription destinée à sécuriser positions et conquêtes. Enfin, le Royaume-Uni applique une stratégie semblable à la France, comptant sur la Manche et le blocus maritime pour épuiser une Allemagne fragilisée par la crise économique et le manque de ressources naturelles. Finalement, l’issue de la guerre fut la conclusion de l’affrontement de tous ces biais de planification.

    La France perd parce que sa vision stratégique n’a pas réussi à contenir l’assaut allemand. Étrangement d’ailleurs, nous noterons que les Français souffrent d’un mouvement offensif en total décalage avec la doctrine en application depuis 1923 ; le soutien à la Belgique, s’il a pour objectif de porter les combats au-devant du territoire national, offre une faille structurelle localisée dans le secteur ardennais – réputé infranchissable par des moyens motorisés. Si la France n’avait pas ordonné à ses armées de se porter en Belgique, le sort de la guerre en eût été autre. Cela porte également atteinte au mythe d’une armée française immobile que la vitesse allemande pris de court.

Du 10 au 13 mai 1940, les forces alliées parcourent 150 km pour se porter au contact de la Wehrmacht ; pour la même période, du 13 au 16 mai, le fer de lance blindé ne parcourt que 80 km de Sedan à Montcornet. Privé de réserves stratégiques car déployées en Belgique, l’état-major allié se retrouve incapable de contenir la percée allemande.

Un Front populaire et des politiques coupables de la Défaite ?

    C’est une rhétorique vieille du régime de Vichy ; la France a perdu en raison de son système et de sa classe politiques incapables de préparer le pays à la Seconde Guerre mondiale. Le Front Populaire, coalition de partis socialiste, radical et communiste, est la principale cible de ces accusations, finançant les congés payés alors que l’Allemagne réarmait massivement.

    D’abord, il convient de rappeler la responsabilité plus ancienne du Cartel des Gauches – coalition politique ayant remporté les élections législatives de 1924 – qui renonçât à capitaliser la Victoire contre l’Allemagne lui préférant la « réconciliation ». Cette politique internationale est incarnée par le dernier Gouvernement Aristide Briand (1929) où il défend l’idée d’une Union européenne dont l’objectif aurait été de garantir la paix en Europe. Nous le savons aujourd’hui, cette bonne foi française est d’autant plus à sens unique que Berlin multipliait déjà les accords secrets pour préparer illégalement la Revanche contre Paris et Londres. Contrairement à toutes les idées reçues, l’Allemagne n’a pas attendu Hitler et le national-socialisme pour réarmer et afficher des intentions belliqueuses : la République de Weimar, toute démocratique qu’elle fût, joua un rôle fondamental dans la constitution de la future Wehrmacht. Ainsi, la France affiche une naïveté pacifiste qu’elle ne cessera d’afficher par la suite lors de la collaboration vichyste et du fédéralisme européen jusqu’à nos jours.

Le traité de Rapallo (1922) entre l'Allemagne et l'Union soviétique témoigne de la volonté allemande de réarmement et de revanche avant même le triomphe électoral du national-socialisme : en secret, les Allemands obtiennent des Russes l'autorisation de tester les nouvelles doctrines et les nouveaux matériels militaires comme le char ou l'avion. 

    Un autre élément politique capital pour comprendre la défaite est bien plus ancien et pernicieux à tel point qu’il était déjà visible dès la Grande Guerre. De 1852 à 1870, la France impériale de Napoléon III avait retrouvé la grandeur, l’orgueil et la fierté que l’Europe contre-révolutionnaire coalisée lui avait arrachés au lendemain de la campagne de Russie et de la bataille de Waterloo. Or, la foudroyante défaite de Sedan face aux troupes allemandes menées par la Prusse de Bismarck fut un traumatisme si violent qu’elle conditionnât tout un pessimisme français encore visible et majoritaire au XXIème siècle parmi les élites politiques, médiatiques et économiques du pays. Plus importante sociologiquement que Waterloo, Sedan plongea la France dans une crise de confiance nationale. Ainsi, dès les premiers mois de la Grande Guerre, de nombreuses personnalités publiques affichent un pacifisme fort, n’hésitant pas à prédire la défaite finale ; c’est ce mouvement capitulard que les présidents du Conseil Georges Clemenceau et Raymond Poincaré tentèrent de combattre au cours de leurs mandats respectifs (1917-1920, 1922-1924). Cependant, dès la renaissance militaire et économique allemande des années 1930, de nombreux intellectuels issus de tous les horizons politiques louent la grandeur de l’empire germanique contre la faiblesse traditionnelle de la France.

Les dernières cartouches, Alphonse de Neuville (1873). La guerre franco-prussienne fut un véritable traumatisme national dont les séquelles sont encore visibles en 1940. 

    Enfin, quel rôle a réellement joué le Front Populaire dans l’issue de la guerre ? Si la France connaît de nombreuses réformes sociales sous l’égide de ce mouvement, elle voit aussi son industrie de guerre redoubler d’efforts ; de 1936 à 1939, les gouvernements successifs de Léon Blum, Édouard Daladier et Paul Reynaud permirent à la France un réarmement massif – les entreprises de Défense sont nationalisées, rationalisées et regroupées tandis que les productions augmentent grandement. En réalité, le Front Populaire revient sur les mesures libérales et austères des gouvernements précédents dont certains chefs seront des membres-clés du régime de Vichy comme Pierre Laval ; président du Conseil entre 1935 et 1936 qui n’hésitera pas plus tard à monter des parodies de justice contre le Front Populaire alors qu’il fût responsable de nombreuses baisses de budgets militaires.

Le procès de Riom (1942), parodie de justice destinée à condamner les chefs du Front Populaire pour la défaite française. Dans les faits, le procès devint un véritable plaidoyer contre le régime de Vichy. 

    La coalition de Gauche est-elle pour autant lavée de tout soupçon ? Il ne nous faudrait pas oublier les manigances politiques entre Radicaux et Communistes qui paralysèrent le pays plus d’une fois, en témoigne la guerre civile espagnole ; Léon Blum, les Socialistes et les Communistes étaient favorables à une intervention mais les ambitions politiques des Radicaux mis un terme au débat. De plus, la France souffre de ses institutions car la Troisième République ne parvient pas à afficher une stabilité suffisante pour être convaincante. De 1936 à 1940, le pays change onze fois de gouvernements et sept fois de président du Conseil. Si la pratique n’est pas propre à la Seconde Guerre mondiale, la France ayant changé sept fois de gouvernements et cinq fois de président du Conseil au cours de la Grande Guerre, les conséquences politiques sont bien plus importantes alors que l’armée française se délite.

Conclusion

    La France perd la campagne de 1940 de façon étonnante ; première armée du monde à la veille du conflit, sa doctrine se heurta à la fougue inattendue des commandants de terrain allemands comme Guderian ou Von Manstein. Contre toute attente, la France subit une défaite dont l’impact psychologique sera égal à l’issue de la guerre franco-prussienne de 1870-71. Loin des idées reçues propre à la période, l’échec français est bien plus complexe qu’attendu ; si la Ligne Maginot a remarquablement bien rempli sa mission défensive, le long de la frontière allemande comme dans les Alpes italiennes, le mouvement offensif allié permît aux Allemands de bénéficier d’un effet de surprise total. L’armée française, mieux entraînée et mieux équipée, fut balayée malgré une résistance acharnée dont les conséquences furent l’affaiblissement capital des forces allemandes pour la suite du conflit ; à tel point que nous pouvons affirmer que le sacrifice français permît aux Alliés de remporter la Seconde Guerre mondiale en offrant le temps et les moyens de poursuivre la guerre. Cependant, si la France l’emportera finalement dans une brillante campagne commencée en Afrique du Nord et achevée en Allemagne (1942-1945), l’impact de la défaite fut tel qu’il initiât un déclin français tant moral que politique que seule la parenthèse gaullienne (1958-1969) permît de suspendre temporairement.

A Dunkerque comme ailleurs, les Français se sont battu avec acharnement pour permettre aux forces alliées de continuer le combat ; un sacrifice qui permît la victoire finale, cinq ans plus tard. 

Commentaires