Anne de Beaujeu, la plus grande régente de France ?

    Son « règne » sur la France n’aura duré qu’une décennie et pourtant son influence et son leg historiques furent immenses ; Anne de Beaujeu, régente du royaume sous la minorité de Charles VIII, offrit à la France de la Renaissance une extension et un prestige sans communes mesures. Fille adorée de Louis XI, elle lutta farouchement contre les derniers féodaux français et permit l’intégration tant attendue et espérée du Duché de Bretagne au domaine royal. Loin des préjugés d’un XXIème siècle révisionniste qui voudrait que la femme n’eût jamais aucun pouvoir politique au-delà des années 1900, Anne de Beaujeu incarna la France ; l’occasion de revenir sur son parcours et son héritage si souvent oublié par le « féminisme ».

Représentation moderne d'Anne de Beaujeu (1461-1522)

Le renforcement de l’autorité royale

    La princesse Anne de France est la première fille de Louis XI et Charlotte de Savoie. Grâce aux enseignements de son père, grand diplomate et intriguant hors-pair, elle affiche une grande intelligence politique au point d’être désignée régente du Royaume de France pour le compte de son frère Charles VIII alors trop jeune pour régner effectivement ; c’est une charge qu’elle effectuera avec brio aux côtés de son mari Pierre de Beaujeu, duc de Bourbon et d’Auvergne.

    Les régences sont des périodes difficiles et troublées, notamment pour la France qui a connu de grandes puissances féodales en son sein. De plus, si l’autorité royale est souvent remise en question par les grands seigneurs, les membres de la famille princière sont régulièrement à la tête de rébellions – gardant l’espoir d’une prise de pouvoir. La régence d’Anne ne fait pas exception ; de 1485 à 1488, elle est confrontée à une révolte seigneuriale couplée à une guerre européenne connue sous le nom de Guerre Folle. Menée par Louis d’Orléans, cousin du défunt roi Louis XI et futur Louis XII, ce conflit associe l’Orléanais, l’Angoumois, le Sud-Ouest français, la Lorraine, la Bretagne, le Saint-Empire germanique, l’Angleterre et l’Espagne contre l’autorité royale de Charles VIII incarnée par Anne et Pierre de Beaujeu. Au terme d’une lutte acharnée menée sur différents fronts du royaume, la révolte est matée : le pouvoir royal est renforcé tandis que la féodalité confirme son déclin en France.

La France en 1477 : même si les grandes puissances féodales ont majoritairement disparu, certaines provinces demeurent dangereuses pour le pouvoir royal.

    Après la Guerre Folle, Anne intervient dans la guerre civile anglaise en soutenant Henri Tudor contre Richard III d’York. L’alliance franco-anglaise parvient à asseoir Henri VII sur le trône, initiant une brève période de réconciliation entre Paris et Londres. Une fois sa régence achevée, le roi étant majeur, elle se retire à sa fastueuse cour de Moulins où elle continuera de donner conseils à son frère.

La soumission définitive de la Bretagne ?

    La principale réalisation de la régence d’Anne de Beaujeu fut la soumission de la Bretagne au royaume de France ; celle-ci avait demeuré indépendante depuis les invasions normandes et le délitement de l’autorité impériale des Carolingiens. Au Moyen-Âge, la Bretagne n’avait eu de cesse de préférer Londres à Paris ce qui valu nombre de conflits et d’affrontements entre rois de France et ducs de Bretagne. S’ils furent finalement les alliés de Charles VII pendant la guerre de Cent-Ans, tout comme les Bourguignons avant eux, les Bretons aspirent à l’émancipation, rêvant de la dignité royale. Lorsqu’Anne de Beaujeu est régente, la Bretagne est dirigée par François de Dreux qui ne possède aucun héritier mâle. Après avoir infligé une sévère défaite aux armées bretonnes, la Régente profite de la mort du duc pour imposer le mariage d’Anne de Dreux avec son frère Charles VIII de France ; le duché étant gouverné par une femme, le fruit de cette union pourra ainsi prétendre au titre de roi de France et duc de Bretagne. La même mécanique qui fût à l’œuvre entre Louis VII et Aliénor d’Aquitaine se reproduit.

Anne de Bretagne, représentation contemporaine (1505-1508)

    Mais comme pour Aliénor en son temps, Anne de Bretagne est une femme forte, caractérielle et ambitieuse. Après avoir été faite reine de France, elle évince Anne de Beaujeu puis profite de la mort accidentelle de son mari pour redonner son autonomie à son fief. Finalement, il faudra attendre la fin du XVIème siècle pour que la Bretagne soit domptée et pleinement intégrée au domaine royal de France.

Une œuvre si fragile…

    Si l’œuvre politique d’Anne de Beaujeu s’inscrivit dans la continuité du règne de son père Louis XI, sa régence marque la fin d’une apogée commencée au lendemain de la guerre de Cent-Ans. Après l’accession au trône de Charles VIII, la France s’engage dans une série de conflits dynastiques interminables, ruineux et destructeurs : les guerres d’Italie (1494-1559). Siège de la Renaissance, la péninsule italienne devient alors le reflet des ambitions capétiennes sur le Royaume de Naples et le duché de Milan ; une « folie des grandeurs » qui affaiblît la monarchie des Capétiens-Valois, préparant le terrain à une partition quasi-irrémédiable des Français – entre Catholiques et Protestants.  

L'Italie, tombeau de la France des Valois.

Commentaires