Anne de Beaujeu, la plus grande régente de France ?
Son « règne » sur la France n’aura duré qu’une décennie et pourtant son influence et son leg historiques furent immenses ; Anne de Beaujeu, régente du royaume sous la minorité de Charles VIII, offrit à la France de la Renaissance une extension et un prestige sans communes mesures. Fille adorée de Louis XI, elle lutta farouchement contre les derniers féodaux français et permit l’intégration tant attendue et espérée du Duché de Bretagne au domaine royal. Loin des préjugés d’un XXIème siècle révisionniste qui voudrait que la femme n’eût jamais aucun pouvoir politique au-delà des années 1900, Anne de Beaujeu incarna la France ; l’occasion de revenir sur son parcours et son héritage si souvent oublié par le « féminisme ».
Le
renforcement de l’autorité royale
La princesse Anne de France est la première fille de Louis XI et Charlotte de Savoie. Grâce aux enseignements de son père, grand diplomate et intriguant hors-pair, elle affiche une grande intelligence politique au point d’être désignée régente du Royaume de France pour le compte de son frère Charles VIII alors trop jeune pour régner effectivement ; c’est une charge qu’elle effectuera avec brio aux côtés de son mari Pierre de Beaujeu, duc de Bourbon et d’Auvergne.
Les régences sont
des périodes difficiles et troublées, notamment pour la France qui a connu de
grandes puissances féodales en son sein. De plus, si l’autorité royale est
souvent remise en question par les grands seigneurs, les membres de la famille princière
sont régulièrement à la tête de rébellions – gardant l’espoir d’une prise de
pouvoir. La régence d’Anne ne fait pas exception ; de 1485 à 1488, elle
est confrontée à une révolte seigneuriale couplée à une guerre européenne
connue sous le nom de Guerre Folle. Menée par Louis d’Orléans, cousin du
défunt roi Louis XI et futur Louis XII, ce conflit associe l’Orléanais,
l’Angoumois, le Sud-Ouest français, la Lorraine, la Bretagne, le Saint-Empire
germanique, l’Angleterre et l’Espagne contre l’autorité royale de Charles VIII
incarnée par Anne et Pierre de Beaujeu. Au terme d’une lutte acharnée menée sur
différents fronts du royaume, la révolte est matée : le pouvoir royal est
renforcé tandis que la féodalité confirme son déclin en France.
Après la Guerre
Folle, Anne intervient dans la guerre civile anglaise en soutenant Henri Tudor contre
Richard III d’York. L’alliance franco-anglaise parvient à asseoir Henri VII sur
le trône, initiant une brève période de réconciliation entre Paris et Londres.
Une fois sa régence achevée, le roi étant majeur, elle se retire à sa fastueuse
cour de Moulins où elle continuera de donner conseils à son frère.
La
soumission définitive de la Bretagne ?
La principale
réalisation de la régence d’Anne de Beaujeu fut la soumission de la Bretagne au
royaume de France ; celle-ci avait demeuré indépendante depuis les
invasions normandes et le délitement de l’autorité impériale des Carolingiens. Au
Moyen-Âge, la Bretagne n’avait eu de cesse de préférer Londres à Paris ce qui valu
nombre de conflits et d’affrontements entre rois de France et ducs de Bretagne.
S’ils furent finalement les alliés de Charles VII pendant la guerre de Cent-Ans,
tout comme les Bourguignons avant eux, les Bretons aspirent à l’émancipation,
rêvant de la dignité royale. Lorsqu’Anne de Beaujeu est régente, la Bretagne
est dirigée par François de Dreux qui ne possède aucun héritier mâle. Après
avoir infligé une sévère défaite aux armées bretonnes, la Régente profite de la
mort du duc pour imposer le mariage d’Anne de Dreux avec son frère Charles VIII
de France ; le duché étant gouverné par une femme, le fruit de cette union
pourra ainsi prétendre au titre de roi de France et duc de Bretagne. La même
mécanique qui fût à l’œuvre entre Louis VII et Aliénor d’Aquitaine se reproduit.
Mais comme pour
Aliénor en son temps, Anne de Bretagne est une femme forte, caractérielle et
ambitieuse. Après avoir été faite reine de France, elle évince Anne de Beaujeu puis
profite de la mort accidentelle de son mari pour redonner son autonomie à son fief.
Finalement, il faudra attendre la fin du XVIème siècle pour que la
Bretagne soit domptée et pleinement intégrée au domaine royal de France.
Une œuvre
si fragile…
Si l’œuvre politique
d’Anne de Beaujeu s’inscrivit dans la continuité du règne de son père Louis XI,
sa régence marque la fin d’une apogée commencée au lendemain de la guerre de
Cent-Ans. Après l’accession au trône de Charles VIII, la France s’engage dans
une série de conflits dynastiques interminables, ruineux et destructeurs :
les guerres d’Italie (1494-1559). Siège de la Renaissance, la péninsule italienne
devient alors le reflet des ambitions capétiennes sur le Royaume de Naples et
le duché de Milan ; une « folie des grandeurs » qui affaiblît la
monarchie des Capétiens-Valois, préparant le terrain à une partition quasi-irrémédiable
des Français – entre Catholiques et Protestants.




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