Rome, la Gaule, le Christ

    Après la conquête des Gaules par Jules César, la future France restera une province loyale et fidèle de l’Empire romain. Pendant plus de quatre cents ans, son histoire se mêle avec le destin de Rome. Plus qu’une simple occupation militaire, la présence romaine va profondément transformer la Gaule jusqu’à assimiler celle-ci à la civilisation romaine comme nulle autre province à travers l’empire. C’est aussi à cette période que naît et se diffuse le christianisme, élément central de la civilisation française à venir.

Rome, épicentre et précurseur des civilisations européennes dont celle de la France.

La naissance d’une civilisation gallo-romaine

    Pendant quatre siècles, les Gaules vont vivre à l’heure romaine. Plus que tout autre province, la Gaule va effectuer un travail d’assimilation culturelle, économique et militaire majeur. Nous l’avons déjà traité dans le chapitre précédent ; avant même la conquête de Jules César, les élites gauloises sont en majorité acquises à la culture romaine. Nombre de chefs parlent latin, nombre de tribus commercent avec les Romains et surtout, de plus en plus de soldats gaulois intègrent les rangs auxiliaires de la Légion. À titre d’exemple, Jules César soumit la Gaule grâce à un important contingent de cavaleries gauloise et germanique. Ces échanges gallo-romains vont donc favoriser l’acculturation des Gaulois à la civilisation romaine.

    Mais comment expliquer une telle assimilation ? D’autres peuples, comme les Grecs ont intégré l’Empire sans pour autant y perdre leur identité culturelle.

D’abord, les Gaules incarnent les nouvelles frontières de l’Empire romain et voient l’établissement de garnisons permanentes comme celles qui donneront naissance à la ville de Strasbourg, en face du Rhin. Les routes préexistantes sont ainsi transformées par Rome pour soutenir ses légions aux limites de l’Empire. Le long des routes, se développent des auberges, villages d’étapes et villes de garnisons. L’infrastructure suit ainsi les besoins de l’armée romaine de sorte que de grands centres urbains voient le jour, notamment le long de la vallée du Rhône comme la capitale des Gaules : Lugdunum (Lyon) – fondée en l’an 43 avant l’ère chrétienne (EC).

Vue d'artiste de la ville de Lugdunum (Lyon), capitale des Gaules romaines.

    De ce fait, les Romains apportent un cadre administratif et économique, propice à la constitution d’une véritable fédération gauloise. Auparavant, les Gaulois étaient divisés en tribus aux intérêts divergents. L’autorité romaine et ses avancées administratives comme juridiques offrent ainsi un cadre adéquat à la constitution d’une société « supra-tribale ». Bientôt, le modèle de société romain va permettre de supplanter une société gauloise de fait, organisée selon la coutume et les us celtes mais sans véritable autorité centrale. Nous pouvons observer le même type de phénomène en Bretagne dès lors que l’île fut conquise par les Romains à l’initiative de l’empereur Claude (43 EC) ; là, les tribus bretonnes, désunies et désorganisées, profitèrent d’un cadre légal pour constituer une culture « britto-romaine ».

    Enfin, l’élargissement de la citoyenneté romaine et l’intégration toujours plus avancée que proposèrent les Romains achevèrent de transformer les Gaules en succursale italienne. Ainsi, sous Claude, les notables gaulois se voient accorder le droit aux magistratures ainsi qu’un accès au Sénat, plus de trois cents ans avant le reste de l’Empire (édit de Caracalla en 212).

Du Christ au christianisme : l’évangélisation des Gaules

    L’Empire romain fut aussi une période-clé de la construction de la future civilisation française en cela qu’elle vit naître son principal pilier culturel : le christianisme. Au début du Ier siècle chrétien, de nombreux troubles secouent la Palestine. Outre le refus des Juifs, monothéistes, de vénérer le culte impérial, un groupe de réformateurs judaïques provoque la discorde au sein du monde juif. Mené par Jésus de Nazareth, ces réformateurs proposent une approche plus universelle de la religion de Moïse en levant par exemple les interdictions alimentaires ou en militant pour la suppression de certains rites propres aux Hébreux.

Jésus de Nazareth (-4 à 30 EC) , fondateur du christianisme.

    La condamnation à mort et le supplice de Jésus – la Passion – ne sont finalement que le prélude à une révolte plus massive des Juifs vis-à-vis de l’Empire romain. Mais alors que Rome réprime les insurgés, n’hésitant pas à détruire le temple sacré de Jérusalem (63 EC), les adeptes de Jésus Christ commencent à prêcher une nouvelle religion à travers le bassin méditerranéen : le christianisme. Cependant, la popularité du christianisme reste à relativiser. À l’aube des invasions barbares, soit quatre siècles après la mort du Christ, seuls 5% de la population impériale se revendiquaient comme chrétiens. L’Empire demeure donc largement, et tout au long de son existence – du moins en Occident – polythéiste. Toutefois, nous ne pouvons nier une certaine efficience du christianisme à pénétrer les centres urbains de l’Empire tandis que les campagnes restent profondément attachées aux dieux anciens.

    Mais alors, comment expliquer la soudaine conversion des empereurs à un culte si minoritaire ? Comment le christianisme a-t-il pu s’imposer face aux anciennes religions ? D’abord, il faut rappeler que cette religion est principalement implantée en Orient (Grèce, Turquie, Palestine, Égypte) et demeure largement méconnue voire inconnue en Occident. Or, dès le IIIème siècle, l’Empire est frappé des mêmes maux que la République en son temps : les guerres civiles. L’Armée fait et défait les empereurs. Avec un pouvoir politique vacillant, la religion polythéiste s’en trouve ébranlée puisqu’elle concoure traditionnellement de la vie publique et de l’unité des populations. Ainsi, le christianisme, qui propose une intériorisation et une privatisation du culte, s’adapte bien mieux aux attentes et espérances de la population impériale en ces temps troublés. Finalement, le retour à l’ordre s’opère sous l’empereur Constantin qui fait du christianisme un pilier de l’autorité impériale retrouvée. Bénéficiant du soutien politique, le christianisme se répand alors plus facilement et connait une croissance exceptionnelle sous le IVème siècle.

    Quid des Gaules ? Comme évoqué précédemment, les Gaules sont loyales et fidèles à l’Empire. C’est donc tout logiquement que le soutien de Constantin provoquât des conversions massives de l’aristocratie urbaine gauloise. En 250, les Gaules comptaient 5% de chrétiens. À la mort de Constantin en 337, ce chiffre montait à 10%. C’est paradoxalement au cours du IVème siècle que le christianisme sera persécuté. Les empereurs païens succédant à Constantin craignent pour l’unité de l’Empire et favorisent les exécutions et représailles vis-à-vis des adeptes du Christ. Finalement, Théodose Ier en fait la religion officielle de l’Empire, mettant fin aux exactions. C’est ainsi que la fin du siècle sera une période d’évangélisation dans les Gaules comme en témoigne l’introduction du monachisme par Martin de Tours dans la région de la Loire – une présence plus rurale des chrétiens dans un but de conversion. Mais la Gaule est encore largement en retard au moment où les cultes païens sont interdits.

Contrairement à une idée reçue, la persécution des Chrétiens par l'Empire romain est tardive et assez courte. Elle sera surtout amplifiée à dessein par l'Eglise dès le Moyen-Âge.

L’héritage de l’Empire romain

    Les legs de l’Empire romain en Gaules sont nombreux.

    D’abord, le christianisme qui n’est certes pas une création romaine mais fut consacrée par le pouvoir impérial. Cette religion charpentera, nous le verrons par la suite, la future société française. Cependant, les mythes et légendes romains ne sont pas à sous-estimer, occupant une place majeure dans l’imaginaire collectif, comme en témoignent les magnifiques allégories qui parsèment les jardins du château de Versailles ou encore la popularité des figures mythologiques gréco-latines dans la culture française, européenne ou mondiale.

Représentation du dieu romain Neptune dans les jardins du château de Versailles. 

    Ensuite, l’un des principaux héritages de Rome fut son droit civil, premier système juridique mondial et précurseur de tous les autres en Europe. En politique et en droit constitutionnel, la République romaine inspirera nombre de régimes républicains dont celui présent en France depuis 1792. Mais l’Empire et son idéal universaliste ne sont pas en reste puisque la France, ses rois et ses chefs d’État mettront un point d’honneur à revendiquer l’héritage impérial de Rome, de Charlemagne à Napoléon en passant par Louis XIV.

    Enfin, l’architecture classique et les infrastructures civiles comme militaires vont avoir une influence majeure sur le développement des civilisations européennes, la France allant jusqu’à reconstruire des aqueducs et des canaux au XVIIème siècle sous le règne de Louis XIV.

Arc de Triomphe de l'Etoile (1836), parfait exemple de l'influence romaine sur l'architecture française.

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