Les Mérovingiens, premiers rois francs
Les Mérovingiens sont considérés comme la première dynastie royale de France quand sous le règne de Clovis, ils s’allièrent à la seule institution encore intacte de l’Empire romain : l’Eglise. Nous avons déjà entendu que, selon l’adage populaire, la politique aurait « horreur du vide » ; c’est d’autant plus vrai avec le Royaume des Francs qui succède à l’autorité impériale quelques décennies seulement après la déposition du dernier empereur romain, Romulus Augustule, en 476. Les Mérovingiens désignent ainsi un ensemble dynastique de trente-trois monarques répartis sur trois siècles. Sous leurs règnes, les lois et traditions franques s’imposent dans tout le nord des Gaules à tel point que deux zones culturelles se développent entre Nord francisé et Sud latinisé – les pays d’oïl et d’oc.
Un nouvel
ordre politique
Rome, 476.
L’empereur Romulus Augustule, un enfant, est déposé de son titre par le barbare
Odoacre. Nous associons souvent cette date à la chute de l’Empire romain, or,
ce n’est que la partie occidentale qui cesse d’exister ; en Orient, le
futur Empire byzantin perpétuera l’héritage des Romains avec un style tout hellénistique
pendant encore un millénaire jusqu’à la chute de Constantinople en 1453. En
Occident donc, l’autorité impériale s’effondre. Une multitude de royaumes
germaniques n’ont toutefois pas tardé pour succéder à Rome. C’est le cas de
celui des Francs de Childéric que nous avions traité au chapitre précédent.
Leur empire est centré sur la région de Tournai, à l’actuelle frontière
franco-belge. Avec l’avènement d’Odoacre en Italie, les vestiges de l’Empire
romain en Gaules, incarnés par Syagrius, sont en guerre ouverte avec les Francs
de Childéric, demeurés fidèles au nouvel empereur. Quelques années plus tard,
Childéric laisse sa place à Clovis. Le roi franc parvient à soumettre Syagrius
(bataille de Soissons, 486) ainsi que les peuples germaniques voisins, comme
les Alamans à la bataille de Tolbiac (496). Païen, Clovis se convertit au
catholicisme romain. Cette conversion, largement mise en scène par
l’historiographie postérieure, ne doit pas cacher une volonté forte des Francs
d’asseoir leur autorité sur l’aristocratie gauloise, fortement christianisée. De
plus, en s’alliant avec la dernière institution encore solide de l’Empire, les
Francs s’érigent en héritiers de la romanité.
Les Francs
instaurent ainsi un nouvel ordre politique en Gaules, quelques années seulement
après la chute de Rome. Clovis fonde également une dynastie royale, les
Mérovingiens. Leur règne n’est toutefois pas paisible. Pendant trois siècles,
les rois mérovingiens vont multiplier les querelles familiales entre fils
héritiers et épouses intrigantes. De nombreux monarques vont finir assassinés,
déchus, mutilés ou exilés. En cause, la tradition franque de partition
familiale qui établit une distribution égale des héritages entre fils puis filles.
Ainsi, en 511, lorsque meurt Clovis, son empire est partagé entre ses quatre
fils qui deviennent rois d’Orléans, de Paris, de Soissons et de Reims. Les
ententes familiales sont dès lors fragiles et la couronne franque va
régulièrement changer de têtes en têtes sans jamais se fixer réellement. Certains
parviennent à unifier le royaume, comme Clotaire (558-561), Clotaire II (613-629)
ou encore Dagobert (632-639). Mais chaque décès est l’occasion d’une partition
qui donne lieu à de véritables guerres fratricides. Ce climat délétère va
toutefois favoriser l’ascension d’un nouveau pouvoir, celui de l’administration
franque, incarnée par les maires du palais, véritables vice-rois amenés à réellement gouverner le pays. Ce sont les futurs carolingiens.
Sous le règne des
Mérovingiens toutefois, l’Eglise renforce son autorité sur les cités et
campagnes de Gaules. L’administration retrouve de sa superbe et les anciennes
structures romaines sont reconduites dans leurs attributions. Une véritable
fusion s’opère entre les Francs et la Gaule romaine.
La
naissance d’un nouvel ensemble culturel
Les Francs en
Gaules vont ainsi faire naître une nouvelle culture, presque exclusivement dans
le nord des anciennes provinces romaines. Les traditions et coutumes franques
s’associent au droit romain de sorte qu’elles se sécularisent. Au sud,
cependant, les Mérovingiens ne parviennent pas à imposer leur autorité
autrement que via les vestiges romains, c’est notamment le cas en Aquitaine ou
dans le Midi. Le clientélisme et le droit romain demeurent.
D’un point de vue
linguistique, les Francs, peuples germaniques, contribuent à de nombreux
apports germanophones dans les domaines militaires principalement. La werra (guerre
en français) remplace par exemple la bella romaine. Un parler
nouveau s’impose dans le nord de la France actuelle, dont certains vestiges
demeurent encore aujourd’hui – en témoigne certaines querelles quant aux
pâtisseries par exemple. La façon même de dire oui s’en trouve modifiée,
terme qui permet d’ailleurs de différencier les deux familles
linguistiques : la langue d’oïl (francisée) et la langue d’oc (latinisée)
– oïl et oc voulant dire oui dans ces deux groupes.
Enfin, les Mérovingiens introduisent des traditions plus égalitaires. Nous l’avons vu, les héritages sont répartis de façon équitable suivant les enfants. Les femmes sont également mieux considérées socialement que sous la romanité où elles étaient réduites à la minorité sociale et civique. Toutefois, la quasi-totalité de la population, paysanne ou artisane, affiche déjà une égalité entre hommes et femmes pour des raisons économiques évidentes (consolidation de familles, survie économique…), constante de l’histoire nationale. Quant aux femmes de l’aristocratie gallo-romaine ou franque, elles vont jouir de droits étendus jusqu’à l’époque moderne.
Le
triomphe du christianisme en Gaules
Autre réalisation des Mérovingiens, la christianisation des Gaules. Nous l’avons traité au cours des chapitres précédents, les Gaules ont commencé leur conversion à partir du IVème siècle. Mais le paganisme demeure puissamment ancré dans les campagnes tandis que le christianisme est essentiellement un fait citadin et aristocratique. Dès l’association de Clovis à l’Eglise catholique, le pouvoir politique s’attache à évangéliser des populations gallo-romaines encore largement païennes. Le principal instrument de cette conversion se révèle être le monachisme.
Le monachisme se
définit par la mise en place d’institutions monastiques au sein du monde
chrétien. Il naît en Egypte au cours du IVème siècle et connaît un
essor certain sous le règne des Mérovingiens. La présence d’abbayes, de
monastères et de couvents va être un élément capital pour la christianisation
des campagnes gallo-romaines. Ses principaux apôtres sont Martin de Tours,
futur Saint-Martin lors du IVème siècle, et Jean Cassien pour le
pourtour méditerranéen au Vème siècle.
Toutefois, c’est
réellement l’association politico-religieuse des Mérovingiens au christianisme
qui va permettre d’achever la victoire du monothéisme dans la future France. Au
cours de conciles réguliers, ceux-ci tentent d’imposer leur prééminence dans le
domaine religieux, de sorte qu’ils soient considérés comme les héritiers de
l’Empire romain en Gaules et en Europe occidentale. Au début du VIIIème siècle,
alors que périclite la dynastie mérovingienne, la Gaule est presque entièrement
christianisée.
De la
Gaule à la France
Ainsi, les
Mérovingiens furent la première dynastie royale de France. Héritiers de
l’Empire romain d’Occident, première puissance militaire et politique d’Europe
occidentale, ils instaurent un ordre nouveau qui va conditionner le
développement du continent pour des siècles et des siècles. Toutefois, ce
retour à l’ordre est à relativiser en cela que les Mérovingiens sont victimes
de leurs traditions familiales : guerres civiles et fratricides sont
monnaie courante durant leurs trois siècles de règne. Cela dit, les
Mérovingiens ont contribué à l’éclosion d’une protoculture française dans le
nord du pays – le pays d’oïl. De même, leur règne combiné aura permis d’achever
l’œuvre impériale de christianisation des Gaules romaines.







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