Les Mérovingiens, premiers rois francs

    Les Mérovingiens sont considérés comme la première dynastie royale de France quand sous le règne de Clovis, ils s’allièrent à la seule institution encore intacte de l’Empire romain : l’Eglise. Nous avons déjà entendu que, selon l’adage populaire, la politique aurait « horreur du vide » ; c’est d’autant plus vrai avec le Royaume des Francs qui succède à l’autorité impériale quelques décennies seulement après la déposition du dernier empereur romain, Romulus Augustule, en 476. Les Mérovingiens désignent ainsi un ensemble dynastique de trente-trois monarques répartis sur trois siècles. Sous leurs règnes, les lois et traditions franques s’imposent dans tout le nord des Gaules à tel point que deux zones culturelles se développent entre Nord francisé et Sud latinisé – les pays d’oïl et d’oc.

Clovis roi des Francs (465-511) par François-Louis Dejuinne (1786-1844). Ne vous laissez pas tromper par cette vue d'artiste, le vrai Clovis portait la moustache tandis que la fleur de lys ne sera adopté par la royauté que cinq siècles plus tard ! 

Un nouvel ordre politique

    Rome, 476. L’empereur Romulus Augustule, un enfant, est déposé de son titre par le barbare Odoacre. Nous associons souvent cette date à la chute de l’Empire romain, or, ce n’est que la partie occidentale qui cesse d’exister ; en Orient, le futur Empire byzantin perpétuera l’héritage des Romains avec un style tout hellénistique pendant encore un millénaire jusqu’à la chute de Constantinople en 1453. En Occident donc, l’autorité impériale s’effondre. Une multitude de royaumes germaniques n’ont toutefois pas tardé pour succéder à Rome. C’est le cas de celui des Francs de Childéric que nous avions traité au chapitre précédent. Leur empire est centré sur la région de Tournai, à l’actuelle frontière franco-belge. Avec l’avènement d’Odoacre en Italie, les vestiges de l’Empire romain en Gaules, incarnés par Syagrius, sont en guerre ouverte avec les Francs de Childéric, demeurés fidèles au nouvel empereur. Quelques années plus tard, Childéric laisse sa place à Clovis. Le roi franc parvient à soumettre Syagrius (bataille de Soissons, 486) ainsi que les peuples germaniques voisins, comme les Alamans à la bataille de Tolbiac (496). Païen, Clovis se convertit au catholicisme romain. Cette conversion, largement mise en scène par l’historiographie postérieure, ne doit pas cacher une volonté forte des Francs d’asseoir leur autorité sur l’aristocratie gauloise, fortement christianisée. De plus, en s’alliant avec la dernière institution encore solide de l’Empire, les Francs s’érigent en héritiers de la romanité.

Vue d'artiste du baptême de Clovis tel qu'imaginé au XIXème siècle. C'est l'acte fondateur de la France en tant que royaume indépendant.

    Les Francs instaurent ainsi un nouvel ordre politique en Gaules, quelques années seulement après la chute de Rome. Clovis fonde également une dynastie royale, les Mérovingiens. Leur règne n’est toutefois pas paisible. Pendant trois siècles, les rois mérovingiens vont multiplier les querelles familiales entre fils héritiers et épouses intrigantes. De nombreux monarques vont finir assassinés, déchus, mutilés ou exilés. En cause, la tradition franque de partition familiale qui établit une distribution égale des héritages entre fils puis filles. Ainsi, en 511, lorsque meurt Clovis, son empire est partagé entre ses quatre fils qui deviennent rois d’Orléans, de Paris, de Soissons et de Reims. Les ententes familiales sont dès lors fragiles et la couronne franque va régulièrement changer de têtes en têtes sans jamais se fixer réellement. Certains parviennent à unifier le royaume, comme Clotaire (558-561), Clotaire II (613-629) ou encore Dagobert (632-639). Mais chaque décès est l’occasion d’une partition qui donne lieu à de véritables guerres fratricides. Ce climat délétère va toutefois favoriser l’ascension d’un nouveau pouvoir, celui de l’administration franque, incarnée par les maires du palais, véritables vice-rois amenés à réellement gouverner le pays. Ce sont les futurs carolingiens.

A la mort de chaque roi mérovingien, le territoire et les titres associés sont répartis entre les différents héritiers, comme ici, à la mort de Clovis en 511. Or, contrairement à l'héritage de tantine, les conséquences peuvent être bien plus sanglantes... 

    Sous le règne des Mérovingiens toutefois, l’Eglise renforce son autorité sur les cités et campagnes de Gaules. L’administration retrouve de sa superbe et les anciennes structures romaines sont reconduites dans leurs attributions. Une véritable fusion s’opère entre les Francs et la Gaule romaine.

La naissance d’un nouvel ensemble culturel

    Les Francs en Gaules vont ainsi faire naître une nouvelle culture, presque exclusivement dans le nord des anciennes provinces romaines. Les traditions et coutumes franques s’associent au droit romain de sorte qu’elles se sécularisent. Au sud, cependant, les Mérovingiens ne parviennent pas à imposer leur autorité autrement que via les vestiges romains, c’est notamment le cas en Aquitaine ou dans le Midi. Le clientélisme et le droit romain demeurent.

    D’un point de vue linguistique, les Francs, peuples germaniques, contribuent à de nombreux apports germanophones dans les domaines militaires principalement. La werra (guerre en français) remplace par exemple la bella romaine. Un parler nouveau s’impose dans le nord de la France actuelle, dont certains vestiges demeurent encore aujourd’hui – en témoigne certaines querelles quant aux pâtisseries par exemple. La façon même de dire oui s’en trouve modifiée, terme qui permet d’ailleurs de différencier les deux familles linguistiques : la langue d’oïl (francisée) et la langue d’oc (latinisée) – oïl et oc voulant dire oui dans ces deux groupes.

Sous les premiers Mérovingiens, les Francs influent sur la langue latine et imposent leurs termes. La France se scinde en deux entités qu'un millénaire ne suffira pas à réconcilier.

    Enfin, les Mérovingiens introduisent des traditions plus égalitaires. Nous l’avons vu, les héritages sont répartis de façon équitable suivant les enfants. Les femmes sont également mieux considérées socialement que sous la romanité où elles étaient réduites à la minorité sociale et civique. Toutefois, la quasi-totalité de la population, paysanne ou artisane, affiche déjà une égalité entre hommes et femmes pour des raisons économiques évidentes (consolidation de familles, survie économique…), constante de l’histoire nationale. Quant aux femmes de l’aristocratie gallo-romaine ou franque, elles vont jouir de droits étendus jusqu’à l’époque moderne.

Sous le règne des Mérovingiens, les femmes jouissent de droits nouveaux vis-à-vis de la romanité. L'illustration parfaite en sont les reines Frédégonde (545-597) et Brunehaut (547-613).

Le triomphe du christianisme en Gaules

    Autre réalisation des Mérovingiens, la christianisation des Gaules. Nous l’avons traité au cours des chapitres précédents, les Gaules ont commencé leur conversion à partir du IVème siècle. Mais le paganisme demeure puissamment ancré dans les campagnes tandis que le christianisme est essentiellement un fait citadin et aristocratique. Dès l’association de Clovis à l’Eglise catholique, le pouvoir politique s’attache à évangéliser des populations gallo-romaines encore largement païennes. Le principal instrument de cette conversion se révèle être le monachisme.

    Le monachisme se définit par la mise en place d’institutions monastiques au sein du monde chrétien. Il naît en Egypte au cours du IVème siècle et connaît un essor certain sous le règne des Mérovingiens. La présence d’abbayes, de monastères et de couvents va être un élément capital pour la christianisation des campagnes gallo-romaines. Ses principaux apôtres sont Martin de Tours, futur Saint-Martin lors du IVème siècle, et Jean Cassien pour le pourtour méditerranéen au Vème siècle.

L'abbaye de Marmoutiers (Tours), fondée par Saint-Martin en 372, illustre l'avènement du monachisme en Gaules. 

    Toutefois, c’est réellement l’association politico-religieuse des Mérovingiens au christianisme qui va permettre d’achever la victoire du monothéisme dans la future France. Au cours de conciles réguliers, ceux-ci tentent d’imposer leur prééminence dans le domaine religieux, de sorte qu’ils soient considérés comme les héritiers de l’Empire romain en Gaules et en Europe occidentale. Au début du VIIIème siècle, alors que périclite la dynastie mérovingienne, la Gaule est presque entièrement christianisée.

De la Gaule à la France

    Ainsi, les Mérovingiens furent la première dynastie royale de France. Héritiers de l’Empire romain d’Occident, première puissance militaire et politique d’Europe occidentale, ils instaurent un ordre nouveau qui va conditionner le développement du continent pour des siècles et des siècles. Toutefois, ce retour à l’ordre est à relativiser en cela que les Mérovingiens sont victimes de leurs traditions familiales : guerres civiles et fratricides sont monnaie courante durant leurs trois siècles de règne. Cela dit, les Mérovingiens ont contribué à l’éclosion d’une protoculture française dans le nord du pays – le pays d’oïl. De même, leur règne combiné aura permis d’achever l’œuvre impériale de christianisation des Gaules romaines.

Dagobert Ier, roi d'Austrasie, de Neustrie et de Bourgogne, (mort en 638) par Emile Signol (1804-1892). Comme pour Clovis, le roi Dagobert ne ressemblait sûrement pas à cela, mais contrairement à la chanson populaire, il fut l'un des plus grands rois mérovingiens - si ce n'est le plus grand.

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