En finir avec la « nostalgie médiévale »
Productions fantastiques mêlant dragons, sorcières et elfes sur fond de dynasties royales brisées, argument préféré des néo-conservateurs français en mal de testostérone, ou tout simplement fantasme anachronique d’un monde bucolique et idyllique où l’homme communiait avec la nature vierge et environnante ; le Moyen-Âge suscite passions et réécritures historiques depuis maintenant des décennies. Aujourd’hui, il est de plus en plus difficile de démêler la vérité de la construction fantasmée abreuvée d’heroic fantasy et autres productions littéraires comme le Trône de fer (George Martin, 1996). Autrefois, le Moyen-Âge avait certes pu souffrir d’une « légende noire », présenté par l’Europe des Lumières comme l’ère de l’obscurantisme et du fanatisme religieux mais l’effet (ou excès) inverse semble désormais se manifester. L’occasion de rétablir différentes vérités historiques sur l’époque médiévale européenne.
1. L’âge des intrigues, des complots et
du fantastique ?
Dans une époque surmédiatisée où l’éducation historique des masses passe principalement par les productions culturelles (télévision, cinéma, littérature…), le Moyen-Âge est étroitement associé au genre anglo-saxon de l’heroic fantasy ou « fantastique héroïque ». Incarné par de nombreuses œuvres de notoriété mondiale comme Le Monde de Narnia (Clide Lewis, 1950), Le Seigneur des anneaux (John Tolkien, 1954), Le Trône de fer (George Martin, 1996) ou encore Eragon (Christopher Paolini, 2003), le Moyen-Âge demeure aux yeux de tous l’époque des chevaliers en armure, des batailles épiques, mais aussi des complots brutaux, des jeux d’alliances ou encore des mythes et légendes oubliées. Certaines productions artistiques comme Les Rois maudits (Maurice Druon, 1955) ont ancré l’image d’un Moyen-Âge fourbe, palpitant et superstitieux.
Qu’en était-il vraiment ? Prenons d’abord pour exemple l’histoire
de France. Le Moyen-Âge s’y caractérise par une organisation sociale et
politique de type féodo-vassalique, fondée sur les relations interpersonnelles
de soutien, de protection et de loyauté. Le Royaume n’a qu’une réalité
politique très faible et la « France » est davantage considérée comme
une notion géographique ; en son sein coexistent des puissances politiques
autonomes à l’instar du Duché de Normandie, celui d’Aquitaine ou encore le
Comté de Toulouse. Le roi, pourtant sacré, n’y tient pas encore la place
centrale qu’on lui connaîtra sous l’Ancien Régime. Cependant, les Capétiens
tenteront d’y imposer leur autorité en soumettant les seigneurs félons, ceux
qui refusent de leur rendre hommage comme le roi d’Angleterre.
Les intrigues et complots y étaient légions,
mais ils étaient souvent bien moins létaux que dans les œuvres de fiction. Les
victimes étaient souvent emprisonnées, rançonnées, envoyées dans des ordres
monastiques ou exilées. Les souverains – et cela compte également pour les
titres moins prestigieux – ne sont pas tout-puissants et prennent soin de
ménager leurs ennemis. Ainsi, sous le règne de Philippe le Bel, un complot
visant les femmes de sa cour se termine par la séquestration des adultères
(nobles) et l’exécution des amants (roturiers). Les insurrections nobiliaires
sont également punies avec indulgence, en témoigne la soumission du comte
Raymond VII de Toulouse envers le roi Louis IX (1243). À l’inverse, les chefs roturiers
de la Grande Jacquerie de 1358 sont tous exécutés ou assassinés.
Une constance se dégage : la violence, si elle est présente sur les champs de bataille ou vis-à-vis des jacqueries paysannes, reste modérée entre nobles du fait des rapports de nécessaire interdépendance entre les grands seigneurs. L’autorité monarchique centrale, faible tout au long du Moyen-Âge, contribue à renforcer cette dualité et, finalement, il faudra attendre l’époque moderne pour que l’État s’octroie le pouvoir de réprimer les grandes fortunes et puissances (ex : Nicolas Fouquet sous Louis XIV en 1661).
Enfin,
qu’en était-il des mythes et légendes ? Le Moyen-Âge européen est
caractérisé par un triomphe des religions monothéistes, en quelque sorte un
« âge d’or ». Le christianisme, l’islam et le judaïsme façonnent
l’Europe et l’Asie occidentale. Les anciennes croyances des empires romain,
perse ou normands ont laissé place aux cultes du Christ, Allah et Yahvé. Certes,
le monde paysan européen est encore largement imprégné de superstitions
remontant pour la plupart à l’Antiquité romaine. Les principales fêtes
religieuses de la chrétienté s’appuient sur leurs prédécesseurs antiques tandis
que les saints et autres patrons ont révélé leur efficacité à concurrencer le
polythéisme. L’Église, dernière institution survivante de la civilisation romaine,
jouit d’une autorité spirituelle très forte, supérieure même aux pouvoirs
temporels des rois, princes, ducs et comtes.
Mais paradoxalement, ce sont les Croisades qui
vont signer le début de l’affaiblissement religieux catholique. Servant plus
leurs desseins politiques et personnels que Dieu, les grands seigneurs
participant à ces expéditions concurrencent rapidement l’autorité du Pape en
Europe. Pourtant très pieux, le futur Saint-Louis (Louis IX) supplante
l’arbitrage papale en rendant la justice à travers tout le continent, sollicité
par tous, Français ou étrangers. Au XIVème siècle, l’Église n’est
plus aussi puissante qu’auparavant. Les pouvoirs politiques étatiques
s’imposent, notamment en France où Philippe IV le Bel achève de renforcer
l’autorité royale contre celle du Pape, allant même jusqu’à menacer et humilier
le souverain pontife Boniface VIII tout en anéantissant les congrégations comme
l’Ordre du Temple.
Quant
aux dragons, fées et lutins, s’ils font partie de l’imaginaire collectif des
campagnes, leur existence est formellement démentie par les autorités
religieuses qui n’y voient que superstitions et restes de paganisme. Là encore,
une dissociation sociale s’établit : les nobles (et bourgeois naissants)
sont beaucoup moins superstitieux (voire religieux du fait que les indulgences
sont plus faciles à obtenir) que les paysans. Un domaine en particulier brille
par la puissance de ses mythes et légendes : la mer. Au sein des marins et
navigateurs, serpents de mer et créatures maléfiques sont légions ainsi que
différentes superstitions comme le fait de ne pas accueillir de femmes sur un
navire.
Certains mythes voient toutefois le jour au Moyen-Âge comme celui du loup-garou, des fées (maléfiques ou bénéfiques), du dragon comme allégorie du Diable, de la licorne, du phénix, des nains ; en bref, tout le bestiaire de l’heroic fantasy contemporain, lui-même issu du merveilleux, de plus en plus développé par les auteurs chrétiens dès le XIIème siècle comme autant d’éléments en lien avec la puissance divine.
En résumé, le Moyen-Âge français, européen et chrétien était empli de complots, intrigues et manœuvres politiques. Cependant, contrairement aux canons du genre fantastique et médiéval contemporain, les monarques n’étaient ni tyranniques, ni sanguinaires – sauf envers les paysans desquels il n’y avait que peu de risques d’insurrection d’ampleur a contrario d’un duc, alors parfois plus puissant que le roi. Les mythes et légendes qui constituent notre bestiaire fantastique sont majoritairement issus d’écrits chrétiens appartenant au genre littéraire du merveilleux tandis que les superstitions paysannes sont combattues et démenties par l’Église, une institution en perte d’influence dès le XIIIème siècle.
2. L’époque de la virilité et de
l’héroïsme ?
C’est un poncif éculé par les néo-conservateurs européens depuis les années 2000 : le Moyen-Âge était l’âge d’or de la virilité, du courage et de l’héroïsme chevaleresque. Rien n’est plus faux.
Le Moyen-Âge européen est, nous l’avons dit plus tôt, l’époque de la féodalité ; une pyramide sociale et politique corsetant les sociétés européennes. Ainsi, à la base de cette structure, on retrouve les paysans, les barons, puis les vicomtes, comtes, marquis, ducs, archiducs, princes, rois et éventuellement empereurs (Saint-Empire romain germanique). Cependant, c’est occulter une face complémentaire de cette société médiévale : l’organisation tripartite traditionnelle. En France, nous la connaissons comme la société d’ordres ; composée de la noblesse, du clergé et du tiers-état. Cette structure sociale n’est pas propre au Moyen-Âge. Selon le philologue, historien et anthropologue Georges Dumézil (1898-1986), la tripartition est une caractéristique commune des sociétés et civilisations indo-européennes traditionnelles. On y retrouve ainsi les Oratores (ceux qui prient, le clergé), les Bellatores (ceux qui font la guerre, la noblesse) et les Laboratores (ceux qui travaillent, le tiers-état). Au Moyen-Âge, les propensions numériques demeurent globalement stables, de l’ordre de 10/10/80%. Considérant une population française d’environ 15 millions d’habitants en l’an 1300, cela représentait alors 1 500 000 nobles, 1 500 000 clercs et 12 millions de paysans, artisans, commerçants et autres professions roturières. À titre de comparaison, en 1789 le tiers-état représentait 98% de la population française d’alors soit environ 28 millions d’habitants pour à peine 600 000 nobles et clercs.
Le Moyen-Âge, plus que n’importe quelle autre
période suivante, est donc l’âge de la noblesse. Qu’en est-il de la chevalerie ?
Avant l’arrivée des Francs et autres peuples germaniques au sein de l’Empire
romain d’Occident, l’équitation était assimilée à l’aristocratie. Les chevaliers
(eques) étaient les citoyens les plus riches et honorables de la
civilisation romaine, de la Royauté à l’Empire en passant par la République. Pourtant,
l’utilisation de la cavalerie sur les champs de bataille romains était anecdotique.
Tout changea à partir des invasions barbares qui virent les peuples germaniques
réformer l’art de la guerre. Chez les Francs, Saxons, Burgondes, Wisigoths et
Ostrogoths, l’élite militaire appartenait à la chevalerie. Progressivement, en
tant qu’auxiliaires puis indépendants de Rome, ces peuples vont instaurer un
véritable ordre équestre, social et politique. Sous les Carolingiens, la
chevalerie parachève sa fusion avec la noblesse. Mais jusqu’ici, toujours pas
de « serment » ou de « valeurs » chevaleresque. Pépin le
Bref, Charlemagne et leurs descendants vont toutefois favoriser l’émergence de
la féodalité en offrant terres et titres aux soldats les plus émérites, faisant
d’eux des chevaliers liés par un accord vassalique.
Si l’Occident chrétien conserve l’image d’Épinal du chevalier en armure lourde, dévoué à Dieu et grand combattant, il convient de souligner que la chevalerie – outre sa dimension militaire – constitue également un pilier de la société féodale. Le chevalier est le premier rang nobiliaire et on y accède que par de hauts faits d’armes (jusqu’au Xème siècle) ou – beaucoup plus communément – la cooptation. C’est un petit propriétaire terrien, au service d’un suzerain qui, en échange d’une aide financière, met à disposition ses services militaires. Contrairement aux rangs et titres plus élevés, il ne dispose pas forcément de droits féodaux envers la population et se présente donc plutôt comme un « homme de main » qu’un seigneur. En revanche, un duc, un comte ou tout autre titre plus élevé est automatiquement un chevalier.
Malgré cela, la chevalerie jouit d’un prestige immense au sein du monde médiéval.
Apanage des nobles, seuls autorisés à monter le cheval au combat, la chevalerie
est pourtant très éloignée des poncifs contemporains. Déjà, il convient de distinguer
les chevaliers militaires des chevaliers réguliers ; les
premiers étant des seigneurs laïcs, les seconds appartenant à des ordres
chevaleresques religieux comme l’Ordre du Temple par exemple. Ainsi, si les
Templiers faisaient vœu de pauvreté et de chasteté, les chevaliers laïcs n’étaient
pas tenus à de tels règlements. Pas de code d’honneur de la chevalerie donc,
une notion qui n’apparaîtra que très tardivement ; en effet, le « Serment
du chevalier » n’est qu’une construction moderne synthétisée par Léon
Gautier dans son œuvre La chevalerie, datant de 1895.
Dès lors, y avait-il des héros au Moyen-Âge ? Oui, mais pas plus qu’à toute autre période de l’Histoire humaine. Les batailles révèlent leur lot de fuites, de « déshonneur » et de supercheries, en témoigne superbement la guerre de Cent-Ans (Azincourt, Patay…). La Troisième Croisade, par exemple, voit Philippe de France trahir Richard d’Angleterre alors que les deux hommes sont « en mission pour Dieu ». Comme à toute époque, la morale s’effrite face aux réalités pragmatiques. Quant à l’honneur, s’il est une vertu cardinale de la chevalerie, il sera surtout utilisé pour masquer les erreurs grossières de la classe nobiliaire comme à Azincourt (1415) par exemple où les Anglais auraient fait preuve de « déshonneur » pour avoir été tout simplement plus malin que les Français…
En somme, le Moyen-Âge n’est pas une époque plus virile ou héroïque qu’une autre. Il n’existe pas, sauf au sein des congrégations religieuses, de « code d’honneur du chevalier » et ceux-ci ne sont pas non plus d’intouchables seigneurs, la majorité d’entre eux vivant dans la modestie financière et sous l’autorité d’un suzerain. Dès lors, les chevaliers demeurent des hommes ordinaires, pas plus vertueux ni malfaisants que d’autres.
3. La communion entre l’Homme et la Nature ?
À partir de la Révolution industrielle du XIXème siècle, le Moyen-Âge est revenu en odeur de sainteté au sein de la littérature européenne et notamment britannique. Le Royaume-Uni étant le premier pays européen à amorcer sa transition industrielle, c’est dans ce pays que l’époque médiévale va être reprise comme un outil idéologique réactionnaire et traditionnaliste.
L’exemple le plus éloquent demeure le cas de John Tolkien (1892-1973), auteur du Hobbit (1937) et du Seigneur des anneaux (1954). Frappé par l’industrialisation du Royaume-Uni à un point de dégoût, ses œuvres transpirent le rejet de la modernité et de la technologie. Les Elfes, Hobbits et arbres parlants (Ents) vivant en communion avec la Nature bucolique à une ère technologique médiévale sont autant d’éléments qui ont contribué à propager l’idée d’un Moyen-Âge respectueux de la nature et de l’environnement. Mais c’est tout l’inverse.
Au Moyen-Âge, les sociétés européennes sont caractérisées par un anthropocentrisme extrême que les religions monothéistes contribuent à exacerber. La Terre est au centre de l’univers et, ce faisant, fut donnée par Dieu aux Hommes pour être exploitée : « Dieu les bénit, et Dieu leur dit : Soyez féconds, multipliez, remplissez la terre, soyez-en maîtres, et dominez les poissons des mers, les oiseaux du ciel et tous les reptiles et tous les insectes » (Genèse, 1:28). Dès lors, parler de conscience écologique au Moyen-Âge est un anachronisme et un non-sens. Contrairement à certaines sociétés extra-européennes, les peuples d’Europe ne croyaient aucunement faire partie de la « Nature » qu’ils considéraient comme un objet à part entière, distinct d’eux-mêmes. Dès lors, nous pouvons constater l’extraordinaire exploitation des forêts d’Europe. En France, vers l’an 1300, les ensembles forestiers ont massivement été détruits pour permettre la construction d’habitations, la constitution de bois de chauffage, etc. Tout au long du XIVème siècle, des décisions politiques sont prises pour limiter l’exploitation des massifs forestiers… seulement pour permettre de perpétuer le plus longtemps possible leurs exploitations. Finalement, c’est la Peste noire qui viendra à bout de la surexploitation en décimant un Français (et Européen) sur deux en une décennie seulement.
Enfin, au Moyen-Âge, au-delà des forêts, on constate une progression des techniques de minage, de chasse, de pêche, de construction et d’amélioration des conditions de vie. Les villes progressent – contrairement à une idée reçue – et une nouvelle classe sociale fait ainsi son apparition : la bourgeoisie. Même si les esprits et éléments de la nature peuvent alimenter les superstitions paysannes, les sociétés médiévales sont très loin d’avoir ne serait-ce qu’un semblant de considération écologique, notion qui n’apparaîtra qu’à partir du XVIIIème siècle avec l’histoire naturelle.
4. État des sociétés médiévales
européennes
Nous en sommes désormais arrivé à un point de notre analyse où il est possible de brosser un portrait des sociétés médiévales européennes. Loin des fantasmes réactionnaires ou des délires écologiques révisionnistes, à quoi ressemblait le Moyen-Âge ?
D’abord,
le Moyen-Âge est multiple. Selon les définitions généralement acceptées, le Moyen-Âge
commencerait en l’an 476 de l’ère chrétienne avec la déposition de l’empereur
Romulus Augustule, dernier chef de l’Empire romain d’Occident. Il s’achèverait
cependant, la date étant sujette à polémiques, soit en 1453 (prise de Constantinople
par les Ottomans, fin de la guerre de Cent-Ans) soit en 1492 (découverte du
Nouveau-Monde, fin de la Reconquista en Espagne). C’est donc une période
longue de mille ans dont nous parlons. Face à ce gigantisme temporel, les
historiens en sont venus à un découpage plus précis, en trois périodes aux
bornes chronologiques flottantes :
-
Le Haut Moyen-Âge (Vème-Xème
siècles)
-
Le Moyen-Âge central (Xème-XIVème
siècles)
-
Le Bas Moyen-Âge (XIVème-XVème
siècles)
Au cours du Haut
Moyen-Âge, nous assistons à une reconstruction politique, sociale, économique,
religieuse et militaire de l’Europe. C’est au cours de ces cinq siècles que l’Europe
achève sa christianisation et l’imposition du modèle féodal. Commencé avec la
chute de l’Empire romain d’Occident (476), il prend fin avec les invasions
normandes, la chute de l’Empire carolingien à l’ouest et la naissance du
Saint-Empire germanique à l’est ainsi que la fixation des invasions musulmanes
au sud. Les royaumes européens principaux se définissent progressivement sans toutefois
s’affirmer politiquement.
Avec le Moyen-Âge central (ou classique), nous
assistons à une centralisation des pouvoirs politiques par les monarques européens
sur le modèle français. L’Église entame son lent déclin au profit des
États-nations naissants tandis que les croisades palestiniennes comme
espagnoles battent leur plein. C’est l’âge des cathédrales, des châteaux-forts
et d’une croissance démographique exceptionnelle rendue possible par un climat
doux (plus chaud qu’au XXIème siècle).
Enfin, le Bas Moyen-Âge (ou Moyen-Âge tardif) voit
la consolidation des premiers États-nations autour de conflits dynastiques
(guerre de Cent-Ans entre la France et l’Angleterre), le choc démographique de
la Peste noire et le début de la Renaissance avec l’introduction de nouvelles
techniques comme la poudre noire et les canons d’artillerie.
Pendant le millénaire médiéval, les sociétés sont rurales, structurées selon le principe de féodalité et de tripartition traditionnelle et fortement influencées par les religions monothéistes. Cependant, nous assistons à la renaissance des villes en Europe, à l’avènement de la classe sociale bourgeoise (en grande partie grâce aux ravages de la peste et aux concentrations de richesses induites) et des États-nations – le premier en date étant le Royaume de France au XVème siècle – ainsi que du sentiment national associé.
5. Quelle place pour le Moyen-Âge ?
Pour conclure, quelle place donner au Moyen-Âge ? Comme tout objet
historique, le Moyen-Âge n’est ni bon, ni mauvais ; il ne mérite donc
nullement de légende noire ou de nostalgique idéalisatrice naïve. Défiguré par
les œuvres de fiction qui ont parsemé l’histoire occidentale, le Moyen-Âge
souffre d’idées reçues et d’aprioris dommageables. Il aura toutefois été une période
tumultueuse où les fondations du monde moderne furent construites, associant l’héritage
politique et culturel de Rome aux apports civilisationnels des peuples « barbares ».
Loin de l’image immobile véhiculée par le roman national ou les œuvres fictives,
le Moyen-Âge apparaît comme une période passionnante de l’histoire humaine,
méritant tout autant d’études et d’analyses sans toutefois verser dans une
vénération idéologique fantasmée.
La Cité médiévale de Carcassonne (Aude)











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